DIVERSITE ET PANSES DE VACHE

Diversité culturelle et panses de vache
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'...l'industrie du divertissement, qui se concentre sur les formats télévisuels qui marchent et les best-sellers, est la plus grave menace à la diversité et l'originalité..

Kristina Carlson
Rédactrice en chef de Books from Finland.
Traduit par Christian le Bras.

Quand les politiciens rabâchent à l'envi le thème de la « diversité culturelle », c'est comme s'ils faisaient des bulles avec un chewing-gum cent fois remâché. Si l'idée est bonne, elle a surtout servi, dans le contexte particulier de l'extension de l'Europe en 2004, à rassurer les petits pays et les langues minoritaires. Mais dans la réalité, bien entendu, le vrai débat concerne le politique et l'économique, l'organisation gouvernementale et militaire.

Aucun étalon ne permet de mesurer l'influence de l'unification européenne, et encore moins celle de la globalisation, sur la langue et la culture d'un pays donné. En Europe, la politique, l'économie et l'Etat parlent dans les langues majoritaires que sont le français, l'anglais et l'allemand. Sur le plan national, ce phénomène va par exemple se manifester par une infiltration dans la langue du pays, quelle qu'elle soit, des complexes structures du langage bureaucratique. Olli Jalonen, avec sa nouvelle satirique « Vers une bonne pratique managériale », publiée dans ce numéro de Transcript, nous en donne ici un exemple.

Les conversations qui se tiennent dans les cabinets et les couloirs du pouvoir sont à des lieues de ce que cette « diversité culturelle », au sens large du terme, implique, et en vérité fort éloignées de la vie quotidienne des gens. Quand Books from Finland a pris part à un colloque réunissant les rédactions de magazines culturels européens à Athènes en octobre 2003, j'ai été bien plus impressionné par les étalages de poisson et de viande sur les marchés locaux que par les interventions officielles des orateurs. Dans notre Finlande aseptisée et hyper-hygiénisée, friande de plats préparés, il est rare de voir des panses et des tripes à l'étal, ou encore des têtes de mouton écorchées où brillent encore les yeux.

La nouvelle de Raija Siekkinen « Décalage horaire », également publiée dans ce numéro, nous livre un portrait sensible de la diversité et de l'universalité des destinées communes des humains dans un aéroport, où chacun a devant les yeux la large palette des comportements humains. Je me souviens d'un couple anglais à l'aéroport de Tegel à Berlin l'été dernier. Tous deux n'étaient plus dans leur prime jeunesse et n'étaient pas des routards, mais de toute évidence des habitués du voyage. Assis sur un banc dans le hall des départs, ils avaient sorti de leur sac une bouteille de vin, du yaourt et du fromage. Ils avaient bu leur vin dans des gobelets en plastique et, une fois terminé leur repas, s'étaient essuyé les mains avec des lingettes. Devant eux défilaient des hommes d'affaires pressés, en costume trois pièces, valise à la main et téléphone portable à l'oreille. Rien à voir avec l'âge, me dis-je, ni avec la langue ni la nationalité. Il s'agit là d'une attitude de vie, d'une véritable culture.

Lors de cette réunion d'Athènes, des représentants des futurs pays de l'Union Européenne (parmi eux des Hongrois, des Tchèques et des Estoniens) réclamèrent un soutien concret, des aides financières pour des magazines qu'ils devaient depuis des années publier dans des conditions précaires et aléatoires. J'espère de tout mon coeur que leurs espoirs seront comblés.

En ce moment, j'habite dans un petit village au sud-est de la Finlande. Si l'industrie primaire du fer et du bois, qui existait depuis le 17è siècle, a cessé depuis longtemps, l'usine, qui est devenue multinationale, offre encore des emplois. La protection de l'environnement et l'artisanat, qui attirent des touristes dans le village, sont soutenus par des subventions européennes. Je peux donc confirmer que la div... - j'arrête d'utiliser cette horrible expression ! - n'est pas restée lettre morte.

Quelle que soit leur volonté, les politiciens ne sauraient endiguer la production de culture supranationale, car l'industrie du divertissement, qui se concentre sur les formats télévisuels qui marchent et les best-sellers, est la plus grave menace à la diversité et l'originalité.












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