THOMAS WARBURTON

Contes moraux
Forkladnader
par Thomas Warburton. Traduit par Philippe Bouquet.

Trois extraits de Förklädnader. Stories, allegories ('Dèguisements. Histoires, allegories', Schildts, 2001).




1. Un voeu exaucé
par Thomas Warburton. Traduit par Philippe Bouquet.
Dans toute l'Hellade, ainsi que dans les pays barbares, on organisait jadis des tournois de lyre, de péans, d'odes et de chants divers, le tout sous l'Sil bienveillant de Phébus Apollon en personne. L'un des concurrents les plus prometteurs, du nom de Deinarchos, qui avait bon espoir de participer aux prochains jeux pythiques, attendait l'inspiration, dans les montagnes de Thessalie, assis à l'intérieur de la grotte où il écrivait habituellement.

Il invoqua à plusieurs reprises Apollon mais n'obtint pas de réponse, du moins en apparence. A vrai dire, le dieu était un peu las d'être sans cesse appelé au secours, pour sauver un vers par-ci, une strophe par-là, pour ne pas parler d'Suvres dans leur totalité. En fait, il n'avait aucun goût pour jouer les accordeurs de lyre ni les aides-rédacteurs. Mais on ne le laissait jamais en paix et, dans sa bonté, il décida de faire quelque chose pour Deinarchos également.

Il prit donc l'apparence d'un berger et se présenta à l'entrée de la grotte.
'Qu'est-ce que tu veux ? Tu ne vois pas que je suis en train de composer ?' demanda Deinarchos en posant sa lyre.
'De composer ?' dit le berger. 'Tu veux dire que tu essaies d'inventer quelque chose.'
'Comment veux-tu que je fasse ?' répliqua Deinarchos. 'Mais, en ce moment, ce n'est pas l'envie qui me manque, c'est la capacité.'

'Eh bien,' dit Deinarchos, 'va t'occuper de tes moutons et laisse-moi tranquille.'
Le berger s'en alla.
'Apollon, ô Apollon, viens à mon aide,' s'exclama Deinarchos, peu après, en reprenant sa lyre. Mais le berger ne fit pas demi-tour.









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