LA CORSE : PAYS DU CHANT

La poésie corse : du chant au poème
Soledonna
par Ghjacumu Thiers.

Découvrez des voix corses dans nos pages allemandes et dans nos pages anglaises.


En Corse, les rencontres entre poètes en disent long sur les rapports que la poésie entretient avec un itinéraire qui la mène depuis toujours de l'oral à l'écrit, une circulation qui est l'un des traits caractéristiques de la production poétique en langue corse.

Le chant polyphonique corse, d'abord menacé puis rendu à sa popularité dans les années 1970, a en particulier promu et exhaussé à un niveau d'intérêt international la paghjella, un chant à trois voix rapidement devenu l'emblème de la cohésion et de l'énergie communautaires. Ce succès de la polyphonie a entraîné une importante médiatisation des créations d'un groupe de polygraphes militants rassemblés pour la plupart dans la revue Rigiru. Leur production poétique a bénéficié d'un amplificateur efficace et s'est ainsi largement diffusée dans la communauté. Des textes d'abord écrits comme poèmes puis mis en musique et insérés dans le répertoire des chanteurs connaissent ainsi une circulation constante entre les deux pôles qui demeurent les sollicitations, complémentaires mais aussi contradictoires, de l'oral et de l'écrit.

La production poétique d'aujourd'hui s'inscrit largement dans cette voie, mais elle manifeste aussi, très souvent chez des poètes connus comme paroliers, le souci de s'affranchir quelque peu de cette longue complicité avec le chant.

La poésie corse d'aujourd'hui dessine un territoire thématique somme toute assez homogène où l'on trouve en bonne place l'évocation d'une civilisation agro-pastorale révolue ou menacée. L'inspiration revêt alors un caractère de témoignage existentiel fort et souvent pathétique. Le caractère insulaire du pays est aussi très largement sollicité par cette poésie, avec formes, couleurs et parfums, dans une atmosphère qui se veut sage ivresse des sens. Parmi les thèmes récurrents, le rapport à la terre donnée comme élément matriciel est susceptible d'un traitement très divers. L'image habituelle du terroir natal y côtoie l'hymne au « grand corps primitif », selon l'expression du philosophe José Gil. Un sentiment qui relie le Corse à une géographie symbolique d'intensité, mais aussi de violence et de conflits lorsque cette appartenance est ou semble compromise. Le thème habituel de l'attachement au pays natal trouve alors des accents originaux.

A ces tendances générales de l'inspiration poétique lorsqu'elle s'enracine dans un terroir bien typé est venue s'ajouter une production peut-être plus originale et qui s'est voulue un temps en rupture avec les modes et les thèmes poétiques de toujours.

Lisez maintentant Quatre poètes corses.














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