SEPT VOIX URBAINES

Tone Skrjanec
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Tone Skrjanec, poète et traducteur, est né à Ljubljana en 1953, où il a obtenu son diplôme en sociologie à la Faculté des sciences sociales et politiques à l'Université de Ljubljana. Après une brève période dans l'enseignement, il exerce le métier de journaliste à l'Institut Tito Litostroj. A l'heure actuelle, il travaille au Centre culturel France Preseren en tant que coordinateur du programme et organisateur des lectures de poésie. Il est aussi le directeur du festival de poésie ljubljanais Trnovski terceti (Les Tercets de Trnovo). Il traduit surtout de la littérature américaine contemporaine (Paul Bowles, William S. Burroughs, Charles Bukowski, Gary Snyder, Frank O'Hara), ainsi que des auteurs croates et serbes. Il a publié cinq recueils: Blues zamaha (Le blues du geste, 1997), Sonce na kolenu (Soleil sur le genou, recueil des haiku, 1999), Pagode na veter (Les pagodes à vent, 2001), Nozi (Les couteaux, 2002) et Baker (Cuivre, 2004). Il a aussi participé à l'enregistrement du disque compact Koscek hrupa in scepec soli (Une pièce de bruit et une pincée de sel), édité en 2003 par un groupe de cinq poètes ljubljanais (Cucnik, Podlogar, Vrecar, Mozetic, Skrjanec) avec la participation de divers musiciens.





Absolument changeable
Traduit par Barbara Pogacnik. Revu par Anne Talvaz.
Je marche à travers le coeur dense de la ville.
Que de molécules affolées.
Jaunes, blanches, noires.
Et rouges. Elles parlent comme la pluie
par leur langage noir, glissant et lascif.
Elles sont assises aux confins
d'une vaste plage sablonneuse,
elles boivent du capuccino par petites gorgées
et regardent la mer
qui se perd dans le ciel.
De leurs mains, elles composent des nuages,
elles font la lippe de leurs lèvres mouillées,
elles se caressent les seins.
C'est un poème d'amour.
Je touche tes impatiences ondulantes
et je te lèche le calice.




Chanson d'une certaine soirée
Traduit par Barbara Pogacnik. Revu par Anne Talvaz.
Tout oublié.
La rivière s'ouvre comme une main.
Calme et lourde,
elle fait son voyage
comme un grand animal fatigué.
Le soleil est une sphère rouge
à la lisière d'une plaine infinie.
La main qui s'ouvre comme une rivière.
Calme et toute légère,
elle me soutient la tête.
Par la tête, des idées passent au galop.
Juste un petit temps,
puis elles se lassent de ces
lieux étouffants
et toujours pareils et s'échappent
pour faire une petite promenade.
Mais pas jusqu'à l'église
qui bombe le torse comme un coq sur la colline.
Non, celles qui aiment
la vie dans toute sa débauche
prennent le chemin
entre les érables et les sapins
dont les cuisses dégoulinent en ce moment même
d'une sève gluante et parfumée.




La nuit dans la nuit
Traduit par Barbara Pogacnik. Revu par Anne Talvaz.
de nouveau je lis davantage.
c'est sans doute à cause de l'automne.
parfois je reste assis un certain temps dans l'obscurité,
tendant l'oreille aux sons
cachés dans le silence.
J'observe le paysage
qui se dérobe à toute loi.
Je ressens certains effleurements
que les autres ne sentent pas.
Il fait nuit et par dizaines,
des petits soleils morts
se balancent dans l'eau noire d'une rivière
qui de loin semble aussi lisse
et mystérieuse
que la peau.
















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