David Constantine et les îles Scilly

Oranges
Photo
Image21
Sorlingues par David Constantine (traduction d'Yves Bichet)
Image11

1

Ma mère a recueilli les linges du Minnehaha,
J'ai moi-même acheté pour un demi-souverain
La cloche du navire à Stanley le muet.
Chacun glane de la sorte, une chaise, un peu de laiton


Et les jours de grand vent on ne s'éveille jamais
Sans espérer la venue
De quelque butin. Ce matin pourtant
Tout était calme après la calme nuit.

2

La baie apparut, entièrement coloriée
D'oranges dansantes. Quel silence alors
Avant d'y sauter tous jusqu'aux genoux
Les femmes retroussant leurs jupes

Les hommes se débattant dans leurs barques
Quel butin facile.
On retira cette multitude
Pour lentasser sous le soleil froid.

Puis avec son canif Matty
Découpa un fruit intact, rouge
Comme un grenat. Ses filles
En sucèrent le jus.


3

Ce soir les poutres dérobées à la mer
Semblent inquiètes mais chaque demeure
Luit Sous les oranges. C'est arrivé tout près d'ici,
Affirme-t-elle, sinon le sel

Les aurait attaquées. Moi je me demande
Qui les yeux exorbités, les aperçut
Rugissant comme des metéores
Quand le navire perdait son sang dans la paix nocturne,

Qui les a vu s'échapper fuyant comme des rats,
Bancs de lueurs folles, bulles compactes.
Puis, face à notre baie rompue, je me demande
Ce qui demain pourrait nous échoir.






Tellines


Tellines, un racloir de silex
Coquillages déposés par millions sous nos pieds nus
Qui s'emboîtaient exactement dans la paume
Pierres à ricochet pour le pouce et l'index.

Le soleil soufflait. Ce jour-là les longues
Manches de la marée chaloupaient sur les bandes de sable
Jusqu'à ce que l'le surgisse à fleur d'eau, pour la demi-heure
Où nous lancions les coquillages.

Oh, nous en jetions des centaines, ils filaient comme des soucoupes
Puis, interceptés par le vent lumineux
Au plus haut de leur trajectoire
Se trouvaient aspirés vers les bras

De la marée montante avec un bruit
De baiser. Ils nageaient une seconde,
Flottille de petits canots naufragés
Derrière nous, puis, dans le ciel

Cette nouvelle cohue qui montait, calait
Pour redescendre en tournoyant dans les versoirs
Du vent. Le soleil riait. La marée applaudissait
Et tirait là son dernier rideau d'écume.






© University of Wales, Aberystwyth 2002-2009       home  |  e-mail us  |  back to top
site by CHL