Aingeru Epaltza

Aingeru Epaltza
Photo of aingeru epaltza
'L'impitoyable lutte pour le pouvoir que mènent les notables locaux, la répression policière, la manipulation des journaux et la violence à l'encontre des plus faibles...'

M.J. Olaziregi. Traduit du basque par Edurne Alegria.

Aingeru Epaltza (né en 1960) est l'un des écrivains actuels qui suscitent le plus d''intérêt au Pays Basque. Titulaire d'une licence en journalisme, il est actuellement traducteur au gouvernement de Navarre après avoir exercé sa profession initiale dans plusieurs journaux. La narration domine son oeuvre littéraire, et ses ouvrages s'adressent soit aux adultes, soit aux jeunes. Dans sa production destinée aux premiers, signalons le livre de contes intitulé Garretatik erauzitakoak (Elkar, 1989) et, parmi ses oeuvres pour les plus jeunes, le roman Ur zabaletan (Pamiela, 1994). Il a reçu trois prix littéraires : premier prix du concours des nouveaux écrivains organisé par la mairie de Pampelune pour Sasiak ere begiak baditik (Elkar, 1985) ; Prix Xalbador en 1991 pour Ur uherrak (Pamiela, 1993), et enfin Prix Euskadi 1997 pour son roman intitulé Tigre ehizan (Elkar, 1997). Il a également obtenu le Prix de journalisme Rikardo Arregi en 1990. Le roman intitulé Sasiak ere begiak baditik, qui se situe au XIXe siècle, à l'époque des guerres carlistes, marque le début du brillant parcours littéraire de cet écrivain. Il s'agit d''une histoire où dominent l'aventure, l'action haletante, le suspense et l'escroquerie, qui nous rappelle les excellents récits de Pio Baroja, l'un des auteurs basques les plus universels.

Le deuxième roman d'Epaltza, Ur uherrak, est une oeuvre d'une plus grande envergure, tant par son niveau littéraire que par son contenu. Le point de départ de ce récit est la rencontre de deux personnages, Billie, une jeune noire rejetée à cause de sa situation sociale et familiale, et Jazinto, un vieux bertsulari (improvisateur de vers chantés) ruiné qui a sombré dans l'alcoolisme. Tous deux essaient de s'en sortir malgré l'ambiance étouffante du petit village navarrais où ils habitent, que l'auteur décrit magistralement. L'impitoyable lutte pour le pouvoir que mènent les notables locaux, la répression policière, la manipulation des journaux et la violence à l'encontre des plus faibles s'intensifient lorsqu'un conseiller municipal est assassiné. Le petit monde dépeint dans ce roman est trouble et obscur, et l'auteur utilise avec habileté la technique du contrepoint pour donner à cette histoire une touche de légèreté. On peut y déceler des éléments narratifs proches du roman noir qui rappellent plus particulièrement certains écrivains des États-Unis, tels R. Ellison (The Invisible Man, 1952), mais surtout J. Baldwin. Dans Tigre ehizan (1996), le hasard fait que les deux protagonistes, un père et son fils qui portent le même prénom, vont chacun de leur côté, à la chasse au tigre, le 7 août 1944. Martin, le père, employé de la compagnie pétrolière El Llano, va chasser avec ses compagnons de travail un tigre qui a tué plusieurs personnes dans la forêt amazonienne de Parigua.

Pour sa part, son fils, témoin de l'occupation récente par les Allemands du village basque de Larressore, décide avec ses copains de « chasser » un tank allemand qu'ils appellent entre eux « le tigre ». Peu à peu, leurs destins se compliquent et l'histoire prend une telle intensité, quasi-métaphysique, que le lecteur, embarqué dans un voyage littéraire qui le mène jusqu'au ténébreux tréfonds de l'âme de chacun de ces deux malheureux personnages, en est tout ébranlé.

L'échantillon que nous avons choisi pour cette revue est un extrait du roman intitulé Rock ´n Roll (2000). Le lecteur est tout de suite plongé dans l'ambiance propre au roman noir : meurtres et disparition de cadavres, voleurs, policiers et journalistes, ivrognes, sectes... et passages mémorables parsemés de touches d'humour noir. Ce texte contient aussi des éléments essentiels du célèbre roman de Raymond Chandler, The simple art of murder (L'art tout simple d'assassiner), tels que l'intrigue, le suspense qui tient le lecteur en haleine jusqu'à la fin, la violence, le sexe, l'alcool... Il n'est pas vain de citer ici Chandler, car Epaltza, en appliquant le fameux décalogue du maître américain, prouve bien dans ce roman qu'il en est le digne disciple. Il jette un regard ironique, horrifié même, pourrait-on dire, sur la génération qui découvrit le Rock, ainsi que nous le rappellent les paroles de la chanson Rock ´n Roll de Lou Reed, qui reviennent, lancinantes, tout au long de l'ouvrage « Le rock and roll lui sauva la vie. Malgré toutes les amputations, vous pouviez danser le rock au son d'une radio... » (Cf. Lou Reed : Rock ´n Roll Animal, 1974).

Voir la liste des oeuvres de cet auteur et d'autres auteurs disponibles en traduction dans l'article Basque Literature and Translation.











© University of Wales, Aberystwyth 2002-2009       home  |  e-mail us  |  back to top
site by CHL