Angel Lertxundi

Angel Lertxundi
'Otto Pette: hilean bizian bezala (1994), roman d'une grande richesse stylistique, s'ouvre sur le récit de l'étrange apparition d'un inconnu chez le baron Otto Pette. La description des personnages, les événements relatés et l'ambiance en général indiquent que l'action se déroule au Moyen Âge.'

M.J. Olaziregi. Traduit du basque par Edurne Alegria.

Angel Lertxundi, né à Orio (Gipuzkoa) en 1948, a suivi des études de Lettres à Donostia (Saint-Sébastien), à Rome et à Valence. Il s'est consacré à l'enseignement et au journalisme pendant plusieurs années. De 1982 à 1985 il a été le président de l'Association des Écrivains de Langue Basque (Euskal Idazleen Elkartea). Son oeuvre littéraire est très diversifiée : plus de 30 ouvrages de littérature destinés aux enfants et aux jeunes lecteurs (Tristeak kontsolatzeko makina, 1981 ; Lehorreko koadernoa, 1998...), des essais dignes d'intérêt (Gogoa zubi, 1999 ; Mentura dugun artean, 2001...), des livres de contes écrits dans une langue suggestive (Hunik arrats artean, 1971 ; Aise eman zenidan eskua, 1980 ; Urtero da aurten, 1984 et Piztiaren izena, 1995) et une dizaine de romans. Le travail littéraire de Lertxundi se caractérise par une recherche incessante de son moi poétique. Le livre de contes intitulé Hunik arrats artean (1970), par exemple, marque pour certains les débuts du conte moderne basque, et l'influence du réalisme magique sud américain, tout comme celle des contes et du théâtre de l'absurde y sont incontestables. Plus tard sont venues des oeuvres telles que Ajea du Urturik (1971), roman allégorique, et Goiko kale (1973), roman autobiographique qui se rapproche des principes néoréalistes.

Le travail intitulé Hamaseigarrenean, aidanez (1983) a connu un très grand succès auprès du public basque et a reçu le Prix Jon Mirande 1982 et le Prix de la Critique. Cette oeuvre a été portée à l'écran sous la direction de l'écrivain lui-même et raconte les péripéties dues à un pari à l'issue dramatique. L'auteur raconte dans un entretien que l'un des objectifs de cet ouvrage est de dénoncer le climat de violence qu'engendrent certaines situations. L'histoire se déroule à la campagne, et le mode de description s'éloigne totalement du style habituel en adoptant des traits tout à fait modernes (cf. Pavese). Après ces romans, l'évolution littéraire de Lertxundi a subi un changement radical qui l'a mené dans la voie d'une intertextualité se nourrissant de différentes traditions poétiques. Otto Pette: hilean bizian bezala (1994), roman à grand succès qui parvint, en Espagne, à la finale du Prix National du Roman, est un exemple de ce renouvellement. Cette oeuvre, d'une grande richesse stylistique, s'ouvre sur le récit de l'étrange apparition d'un inconnu chez le baron Otto Pette. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un roman historique, la description des personnages, les événements relatés et l'ambiance en général indiquent que l'action se déroule au Moyen Âge.

Ce travail s'appuie sur une recherche documentaire considérable. On y décèle, entre autres, des références à l'épidémie de peste qui frappa l'Europe au XIVe siècle (fondées sur A Journal of the Plague Year (1722) de D. Defoe), des thèmes littéraires connus (la danse de la mort) ou encore une citation de Fiammeta. Dans la collection Ifrentzuak, créée en 1995, l'auteur entame un parcours littéraire qui tient compte des traditions purement basques (donc universelles) et de traditions encore plus universelles (et par conséquent, basques également) : Piztiaren izena (1995), livre de contes sur la légende de Faust et du diable ; Azkenaz beste (1996), roman fantastique, Argizariaren egunak (Prix Euskadi de Littérature, 1998), un méta-roman, et enfin un recueil commenté de proverbes, de mythes et de chants populaires, intitulé Letrak kalekantoitik (1996).

Le lecteur est aussitôt captivé par le roman fantastique Azkenaz beste. En effet, les personnages sont les protagonistes d'un voyage extraordinaire qui s'étale sur trois siècles à travers les plaines d'Amérique et d'Europe et où se mêlent mythes, histoire et littérature. Le roman Argizariaren egunak (1998) est une réflexion métaphysique sur la mort, la folie et l'écriture. L''échantillon que nous vous présentons dans cette revue est extrait du dernier roman de Lertxundi intitulé Zorion perfektua (Le bonheur parfait, 2003). Il s'agit d'une oeuvre réaliste écrite sur un ton lyrique, qui raconte la rupture intérieure, la commotion d'une jeune fille de seize ans, témoin d'un attentat. Le narrateur se situe quatorze ans après le crime et ce récit moral, qui tient de la confession, s'agence dans l'alternance incessante de ces deux plans temporels. Une histoire morale (et non moraliste), car face à une telle atrocité, Lertxundi dénonce sans ambiguïté l'idée d'un bonheur parfait sans conscience, qui donne son titre au roman.













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