dans ce numéro
Les choses me reviennent doucement
Les choses me reviennent doucement(c) Tomoko Takahashi Harvey 2006
Traduit du letton par Inta Geile
I
En haut, nuages en choux-fleurs. En bas, aquarelle sale.
Le concierge, d'un balai dansant dans les flaques, mêle encore des couleurs.
En me rendant à l'anniversaire (vivat, mon ami, vivat !),
une vérité s'épanouit dans des oeillets à la couleur perverse.
La vérité, pas la précision. Le talon dérape sur la glace,
et la pensés s'arrête. Puis s'engourdit dans une pose bête -
on a rêvé des rêves rêvasseurs, oui il y a vingt ans.
Ç'est vrai, ils étaient noirs et blancs, pas roses.
Rayés comme l'unique habit du condamné à mort.
Le silence des touches de piano.
L'empreinte d'une semelle dans la neige. Un chaton semi-aveugle
qu'une vieille retraitée va vendre, dans un petit panier à jouets.
Vivat, mon ami, vivat ! De sa poche coudée,
coudée comme un tournant, le concierge sort une petite bouteille.
À votre santé! Et l'aquarelle a été complétée.
Pour que le reste ne soit pas dit dans une prose impossible à écrire.
II
Je dors, moi, comme une veste décousue, et pelotonnée en boule :
dans le rêve un albatros arrive, en faisant une culbute au-dessus du bateau
sur lequel, moi... Mais il ne connaît pas de rivage est n'abordera nulle part,
alors l'albatros e'étonne que la mer aux couleurs multiples
soit comme un manuscrit brûlé de tous les côtés, autour - le vide,
rempli par les graines de l'ombre, que les oiseaux n'aiment pas trop.
L'écriture des vagues fait des lignes difficiles à déchiffrer, -
un étincellement, étincellement. Mieux vaut planer au-dessus de la dormante et du mât
les seuls points stables de ce texte.
III
Venant de l'est, en regardant le côte droit du Pont de pierre,
deux messieurs pas très bien habillés et une femme
se tiennent contre le parapet du pont. Le crépuscule dérobe
une partie des traits et fait leurs visages semblables.
Le seule conversation - les cris des mouettes, le glapissement des chiots,
les premiers rires d'un bébé, peut-on à nouveau les dire ?
Peut-être, lettre par lettre, brûler les roses comme les carmels de framboise
dans des chairs rêvées par les dieux ? Sur les fronts des prophètes ?
Le soleil a disparu il y a déjà une heure, mais le trio parle,
le générique s'effaçant peu à peu dans se plan hors du film.
LES choses
à maman et grand-maman
Les choses me reviennent doucement :
Le vent caresse à nouveau le visage de maman, elle a dix-neuf ans.
Les vapeurs de la cuve à linge s'envolent vers l'avenir mais s'arrêtent
derrière la fenêtre embuée, dans un châtaignier. Alors elles chantent,
changées en étourneaux. Elles gazouillent et sifflent. Le temps
est passée. Parent de la dérision. Parent de mes traits,
mes yeux, mes dents. De tout ce qui s'éteint un jour,
comme la tache de vin rouge sur la nappe revient et s'applique
à devenir des mots. Comme le soleil revient. (Et les actions
que tous les jours nous accomplissons.)
Que viennent les choses en venant :
Là une poupée devant la porte. La lumière en dentelle s'écoule dans une baie sombre.
La mémoire seule une peu enflammée s'attire des fantômes
qui tremblent en lacets dans une laisse interminable. Ces choses alors
nues, pensives. Chut ! pour des jeux et des traces troublés.
Toi, la poupée, souviens-toi que j'étais ton docteur,
et ta couturière si on parle de robes.
Tu ne te rappelles plus et tu viens alors pour raconter,
ton mutisme est plus éloquent que le poème.
Les choses me reviennent doucement :
La rayon d'une étoile se brise sur le front de grand-mère. Elle est
dans un profond sommeil et se repose. Elle se trouve dans le lieu
où nous sommes petites toutes les deux.
Là, grand-père, forestier, fauche l'herbe. Pour lui tu es
toute attention. Des bouleaux font le guet dans le calme,
leurs faîtes atteignent la vapeur sucrée du ciel.
Puis le globe terrestre culbute et s'agite,
le plasma s'agite. Je m'entends dans ton premier cri,
nous étions unis, soudain on nous a séparés. Fallait-il
pleurer de cela ? Il fait frais dehors. Des langes trempent prés du puits,
cet automne est précoce. Permets-moi, s'il te plaît, de souffler un souffle chaud
pour que fonde la couche de glace dans l'écuelle en fer-blanc.
Que viennent les choses en venant :
Je frotte mes yeux avec le sable fin du verre, avec du sel gris,
mais ce sont les choses qui me regardent de côté,
avec des plaies non fermées. Recouvertes par des herbiers des empreintes
laissées par les doigts,
que l'esprit de la maison nettoie avec un mouchoir - ce cendrier,
les aiguilles à tricoter, qui ont percé la rate du temps,
sont si longues que, répétant en transe les gestes de la tricoteuse,
elles peuvent tricoter l'horizon seul. Dès le début
jusqu'à la fin et en arrière. Puis elles font un oeillet de plus.
Les choses me reviennent doucement :
Une règle bleue, rongée par les années d'école. Alors
avec elle on peut mesurer la distance entre les vivants
et les morts, et combien il reste de temps pour que la forêt trop échauffée
soit étourdie et, défaillante, chante comme le coucou. Avec la vieille
louche il est permis de remuer la soupe au lait clair du firmament
et regarder en combien de temps la lune fond comme une noisette de beurre,
et toucher l'éternité avec les lèvres, la goûter un peu.
Comme un souriceau soudain agrippé par un piège, esquive,
effrayé, pousse des cris et, bien sur, ne sait pas ce qui va arriver.
Les choses viennent en venant :
Le faisceau rayons les entoure puis les jette contre l'écran, et
l'image argentée se ranime a peine, me coule sur les genoux
en pellicules de cendre. La nuit tout autour chuchotant que
Phénix s'est déjà relevé. Il se secoue,
en tenant une nouvelle dans son bec. Ah, te voilà, trente
ans avant, et ta bouche rit, en renonçant à parler.
Mais des bûches sont fendues encore, et puis geste amical
vers le feu bois et le film se termine. Des signes de longuer tremblent
sur l'écran liberté des lettres.
Te souviens-tu comment nous avons enterré les secrets
dans la cour, du cote de la clôture ? Et nous avons planté des tessons de verre
par-dessus ce qui important : pour un scarabée dans un lit de brins de pissenlit
et pour un papillon mort et pour des petits mots,
ou était écrit Heureux celui qui trouve. Nous, les enfants
aimant la nullité, nous avons su comment cacher
aux yeux étrangers cette partie de soi-même que le sarcophage
prenait si abondamment dans son sein. Alors l'été
nous a fait garder le silence et la terre s'ouvrit. Et elle était toute ouverte.
Les choses me reviennent doucement :
Les saisons comme les lettres ouvrent les volets.
Je m'appuie contre les signes écrits fragiles. Ainsi Judas appuie
son front contre le Mur des lamentations. Vous, les choses,
vous m'avez appris à voir et à entendre comment respirent les instants de pierre.
Vous, les choses, vous m'avez appris à être te à construire une cabane au bord
de la rivière de mort. Ici, où le coucher se devine par-dessus les toits
et des cadrans rêvent le temps fou. Où une hirondelle
mêle l'argile blanche à la salive et enveloppe la corniche chaude.
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