Les garants de la continuité européenne

Les garants de la continuité européenne
Please_leave51
Photo : Aurel Duka

Tandis que les auteurs reconnus sous la dictature essayaient de s'imposer à coup de tambours propagandistes, ou de compromis visant à détourner la vigilance des censeurs, de vrais poètes assuraient la continuité européenne de la poésie albanaise en préparant leurs oeuvres avec une patience et une responsabilité à toute épreuve, travaillant dans les conditions de l'exil (Camaj, Pipa, Luzaj), de la prison (Trebeshina), de la disgrâce (Rreshpja, Zhiti, Marko), ou de l'anonymat (Zorba, Shllaku, Hanxhari).

Le plus grand poète de la modernité albanaise, Camaj, occupe par ses textes la partie la plus importante de notre Anthologie. Son influence sur les poètes et le public albanais fut immédiate et d'autant plus certaine qu'il était le seul à apporter une oeuvre pratiquement achevée, publiée intégralement en Occident et largement reconnue par les milieux intellectuels albanais en exil, par les universitaires albanais du Kosovo, mais aussi bien estimée par des spécialistes italiens et allemands.

Trebeshina, de son côté, fit une rentrée retentissante en littérature après son long emprisonnement : il annonça une liste interminable de textes écrits en cellule, dont une bonne partie a déjà trouvé éditeur. Mais, en plus d'être un grand solitaire, ce monsieur a du caractère, et rien ne lui est plus difficile que de se faire entendre ou de devenir la coqueluche des médias. Romancier et dramaturge imposant, il n'en est pas moins un poète original.

Rreshpja, le poète de la métaphore filée et de l'aquarelle minutieuse, a vécu toute sa vie dans la disgrâce : emprisonnement, rééducation, interdiction de publier, sursis, réemprisonnement, réinterdiction, si bien qu'il a fini par devenir le grand marginal de la poésie albanaise, à côté de Lasgush Poradeci qui arrêta d'écrire juste pour ne pas avoir à faire l'éloge des vainqueurs (malgré son anticonformisme, celui-ci a pourtant été largement médiatisé pour son oeuvre poétique antérieure à la dictature et son nom figure sur toutes les anthologies précédentes, c'est pourquoi il ne constituerait pas, pour ainsi dire, une " nouveauté " au niveau de notre anthologie.)

Zorba et Shllaku travaillaient en grands inconnus dans leur retraite privée, sans vraiment croire que leur oeuvre rencontrerait un jour son public. Pour l'exemple, le volume unique de Zorba, composé entre 1945 et 1989, n'a paru qu'à titre posthume, en 1994, un an après que le grand monsieur de la nouvelle poésie albanaise fut parti. Plus jeune que lui, Shllaku en est à son troisième recueil et il a heureusement de longues années devant lui pour ne cesser de nous surprendre.








© University of Wales, Aberystwyth 2002-2009       home  |  e-mail us  |  back to top
site by CHL