Les nouveaux promus 2

Olimbi Velaj
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Olimbi Velaj
1971-

Poèmes traduits de l'albanais par Ardian Marashi

Diplômée à l'université de Tirana en 1996, Velaj poursuivit ses études post universitaires à l'université de Sofia, en Bulgarie (1997-1998), où elle prépara une thèse sur "Les Balades dans les Balkans". Justement, dans ses deux volumes de poèmes, Les instants meurent sous des aiguilles de montre (1998) et L'être après-midi (2003), des échos lointains de ballades ancestrales remontent à la surface pour tonifier de coloris inattendus cette voix stridente qui risque de s'étrangler dans son propre cri. Depuis quelques années, Velaj est chargée de la rubrique culturelle dans un grand quotidien.



HYMNE À MOI-MÊME

Dans des cieux de cobalt le soleil s'est enterré
depuis le jour où je l'ai vu
entouré de sphinx géométriques
créature inconstante comme la fumée
et molle - une pyramide de chair
un alanguissement réitéré
et je me berce là-dessous
un héritier riche de rien
sur la planète bleue perdue
dans ces grandes maisons vides
sur lesquelles des saisons aveugles s'abattent
tombe le duvet des léthargiques
des pigeons mouillés naissent
et les cerveaux subissent un immense affront
en plusieurs langues mélangées...
La vie aux frontières du délire
de la macédoine en conserve
et des boucles de cheveux tièdes dans le noir
personne n'a pu transmettre la sensation
de la mort au soleil
puisque personne n'est ressuscité
puisque la curiosité est une sorte de d'insecte
et puisque être conscient
c'est être un peu suicidaire.



NUIT

La morale elle aussi dort la nuit
sauf des impressions nous habitent
dans nos corps
la vie prend un autre visage
dans ces contrées vierges
on est toujours soi-même face à l'autre
malgré l'éclairage corrompu
sur des objets sombres et des murs
qui veillent sur nous sans masque interposé
les heures de relâchement agonisent
au seuil du matin
lorsque nos corps revêtent leurs anciens emballages
et qu'ils recommencent leur journée inévitable
sans rien laisser au hasard
sous le signe du contrat social.



DE VIEUX OBJETS

De vieux objets revendiquent leur part
de mémoire dans ma tête agitée
alors je sens que les temps
se superposent
sauf le présent s'étiole
se dégagent alors sous la nouvelle lumière
des objets communs
ou abandonnés
il me vient l'image
d'une recrue sur le front
du goût acide de la fumée
et d'un crâne agonisant
au milieu de la plaine tremblante
violée par des projectiles
je sais que des jeunes filles volent
au dernier instant
sur les casques trempés et qu'elles
se glissent dans les ténèbres éternelles
là où s'écroule un soldat
devenu aussitôt une dépouille
et que tout régresse en devenant un objet
jusqu'à la mutation finale
en des symboles dont les drapeaux
ne sont que des capotes criblées
de trous
où vient s'échouer un ciel terni.



ET L'ÉTÉ A VIEILLI

Et l'été a vieilli
par des paysages troubles
des journées en miniature se balancent
sur les hamacs de la mémoire.
Et l'été a vieilli, stérile
comme l'autre avant lui
avec une paire d'yeux en moins
cet été aussi se meurt entre mes mains
comme moi sans te voir.



MÉTAMORPHOSE

Sur le feuillage lassé des tentations
le silence est tombé gris
La vie nous est de trop pour l'offrir au sommeil
dans nos rêves resurgissent
les morts avec des taches rouges partout.



COMME UN PAIN AMER

Comme un pain amer
nous partageons
les mots jamais dits
avec des mains gourdes nous levons
ce pain regretté
vers nos bouches
sans pouvoir le mâcher
sans pouvoir l'avaler.



EN MOI

Comment se fait-il
que tu sois resté en moi
à personne je n'ai révélé ton nom
tu continues de marcher dans mon remords meurtri
dans mes visions nocturnes
Toutes mes minutes je les dépense avec toi
malade d'inconscience
le rêve, comme le rêve, tant de choses s'y noient,
hélas, sans jamais ressortir à la surface
Et toi, toi, toujours toi...
comment se fait-il que mes matins te rattrapent
avant même que mes nuits ne te relâchent...
Jamais je n'aurais imaginé
que ma mémoire deviendrait ta prison
et moi-même un soupir interminable.



TRISTES

Tristes, nous inventons des phrases
aux sens secs comme des champs de cactus
en présence de personne
nous allongeons nos membres dans la nuit
solitaires, comme des résonances
qui rappellent
des graines de plantes déchues
sur le sable jaune
dans le vent
le monde frémit
partout les mêmes infos
et d'autres victimes
des voix qui cassent
sur des murs tranchants
sans aucun regret
se sont refermées les portes
du sang coule
des yeux déçus à force de rêver
des squelettes garnis de croix
partent pour de nouvelles conquêtes
sans hymnes
Oh ! ces croisades interminables
qui me révèlent
combien la terre est triste.



IMPARFAIT

Il se perd toujours quelque part
le désir de parachèvement
sachant qu'au-delà des apparences
l'indicible fourmille
comme par exemple la mystique de l'être
ou les a priori
tu te sens alors frappé
par l'impossibilité de porter jusqu'au bout tes actes
dépérissant entre tes mains
comme un crâne vide dans les ténèbres de la terre
en strates successives
les autres ne se laissent pas distraire
évoluant dans des milieux qu'ils croient
clairs comme le jour
leur hypothèse les aide à tenir
jusqu'à la dernière nuit de leur dernier souffle
tandis que le ciel impénétrable
m'est témoin
de mon hésitation à la forme impersonnelle
le doute devient folklorique
un chorus lointain et brumeux
à travers l'exil des hommes
qui contemplent dans la satisfaction
ce qu'ils devinent comme étant le présent
tandis que les temps grammaticaux
devant mes orbites défilent
comme un troupeau de vaches avachies.



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