vocabulaire problématique

Explications inutiles sur l'écriture et la non-écriture
Des poèmes d'Ekaterina Iossifova

Traduit du bulgare par Roumiana Stantcheva

1.

Cela commence par la gaucherie habituelle
à te servir de mots que l'on peut écrire avec une majuscule :
A(mour) ou P(atrie) ou P(oésie),
et aussi de serments, de prières et d'autres références.
Les cercles de la gêne s'élargissent de façon concentrique,
englobant
soleil, feu et pain,
mer, source, soif et à la fin
tu as du mal même avec
maman
et que te reste-t-il


2.

Ma voix dit quelque chose qui n'est-pas-à-moi :
pensée saisie au passage ? insufflée ? interceptée ?
et que devrais-je noter ?
et alors quoi ?
et alors quoi si c'est moi que l'on intercepte?
que l'on reprend et que l'on continue ?
que l'on continue à tort ou à contresens ?
comme au jeu du téléphone arabe ?
ou comme ces billets aux intentions obscures,
trouvés parfois dans les boîtes aux lettres et
demandant qu'on les recopie huit fois et qu'on les expédie
à quelqu'un
intitulés
La lettre du bonheur.


3.

Des livres jusqu'au plafond.
Et pas un à la date de péremption dépassée.
Cela a l'air menaçant, mais ne l'est pas,
c'est juste impossible de ne pas les voir,
l'accoutumance n'y est d'aucun recours.
De bas en haut alignés : voici une rangée allant de A-lexandre
Serguéïvitch à S-huntaro du Japon.
Mille occasions confortant l'âme
de renoncer à l'écriture.

Il y a aussi une chemise renfermant quelques poèmes
(arrachés on ne sait d'où) :
un de Dobrinka Kortcheva, un de Svetla Kiosseva,
un d'Ivan Essenski, dédié à un certain Alexandre
Petrov. Mon père s'appelle Petre, mon petit-fils de cinq ans s'appelle Alexandre,
je le signale au passage. Un poème magnifique qui s'est imprimé dans ma mémoire peu serviable.
Encore une marque
sur la peau de mon écriture,
pas si épaisse que cela.


4.

Cela pourrait ne pas être un vice (l'écriture)
en soi. Mais quand

son énergie opprime l'amour
assèche la compassion
trahit tes proches

tu n'es déjà plus qu'un
passant obsédé à côté de ta propre vie.

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(c) Ekaterina Iossifova, 2002.

Traduction (c) Roumiana Stantcheva, 2007.



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