Plus de coéditions pour de meilleurs livres

Plus de coéditions pour de meilleurs livres
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Mladen Jandrlic au Salon du livre de Prague en 2007
S’associer au nom de la qualité

Mladen Jandrlic, fondateur et directeur de l’agence littéraire zurichoise books & rights argumente en faveur de la coopération internationale des petits éditeurs

Traduit de l’allemand par Stéphanie Lux


Les petits éditeurs réalisent de petits tirages, mais veulent des produits de grande qualité. Editer un livre à la fois original et susceptible de se vendre est un problème qui les concerne particulièrement, même si cela fait également l'objet de vives discussions entre grands éditeurs et leurs représentants. L'originalité est la raison d'être des petits éditeurs. On ne parlerait pas de titres "grand public" s'ils sortaient en petit tirage dans une maison dont la ligne éditoriale sort de l'ordinaire. Le catalogue d'un petit éditeur doit être assez original pour se démarquer des grandes maisons, tout en étant assez commercial pour financer les titres à venir.

La question de l'originalité est tout aussi délicate sur le plan international : vendre à l'étranger des livres interchangeables, sans personnalité, est loin d'être facile. Mais les titres particulièrement originaux peinent aussi à trouver leur place dans une maison étrangère probablement tout aussi petite. Ce qui ne facilite pas les choses. Or, pour les petits éditeurs, les droits étrangers sont souvent une source de revenus au moins aussi importante que le marché national.

Les petites maisons ont à coeur de soutenir des artistes encore confidentiels voire, dans l'idéal, de leur forger une notoriété. C'est loin d'être évident. Il est difficile d'évaluer le potentiel commercial de nouveaux artistes. Leur originalité est donc à la fois un atout et un handicap.

Cela ne vaut pas seulement pour les maisons d'édition allemandes. La définition d'une oeuvre originale et d'une oeuvre commerciale peut légèrement varier d'un pays à l'autre, mais les difficultés que rencontre un petit éditeur pour se maintenir sur un marché très compétitif sont les mêmes partout.

On est donc en droit de se demander pourquoi les éditeurs, et en particulier les petits, ne travaillent pas ensemble. En temps normal, ils produisent leurs livres seuls avant d'essayer d'en vendre les droits à l'étranger. Pourquoi ne pas chercher des partenaires plus tôt ? Qu'est-ce qui empêche ces éditeurs de monter des projets ensemble pour ensuite publier leurs livres ensemble ? Les avantages sont évidents : les éditeurs produisent ainsi des tirages plus importants et visent un marché plus vaste. Ils coordonnent la promotion et développent des stratégies marketing communes. Ils partagent un stand sur des salons du livre auxquels ils ne pourraient participer seuls par manque d'argent. D'autre part, la perspective d'être publié simultanément en plusieurs langues peut décider un artiste (débutant ou confirmé) à collaborer avec tel ou tel éditeur. Ce type de coédition permettrait aussi de planifier et gérer les éventuelles réimpressions de façon plus flexible : avec un partenaire, même des tirages limités peuvent s'avérer rentables.

Les aspects commerciaux (vente et distribution) ne sont pas les seuls. L'échange d'idées et la collaboration des éditeurs devraient avoir une influence positive sur la qualité des titres. Les éditeurs partenaires échangent des idées nourries de conceptions artistiques différentes et qui prennent en compte les contraintes des différents marchés. Ils apportent ainsi au projet cet équilibre entre commerce et originalité qui est si important pour les petits éditeurs.

Quid des cessions de droits ? Là aussi, il y aurait des avantages : des projets conçus pour deux marchés sont par définition plus internationaux et devraient être plus faciles à vendre à d'autres partenaires.

Voici un exemple qui nous montre que cela peut fonctionner : il s'agit de la coopération des maisons d'édition jeunesse Thule en Espagne et Kinderbuchverlag Wolff en Allemagne. Elles ont coédité un album qu'elles ont présenté au public lors de la dernière Foire du livre de Francfort. Les éditions espagnole et catalane ont été publiées à l'automne dernier, l'édition allemande paraîtra au printemps. L'auteur, Antonio Lozano, est catalan et l'illustratrice, Birte Müller, vient de Hambourg. La Foire du Livre de Francfort et le Goethe-Institut ont coordonné le projet qui a reçu le soutien financier du Ministère allemand des Affaires Etrangères et de l'institut culturel catalan Ramón Llull. Les éditeurs Arianna Squilloni et Thomas Wolff avaient fait connaissance dans le cadre d'une rencontre organisée par le magazine "Buchmarkt".

Même sans sponsors, ce type de coopération internationale entre petits éditeurs reste attractif. Créer ensemble un produit de qualité tout en gagnant de l'argent, c'est le rêve de tout le monde.

Pourquoi ne pas s'en donner les moyens dès le départ ?

 

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Cet article a été publié dans le magazine spécialisé "Buchmarkt" en septembre 2007.

Avec l'aimable autorisation de Mladen Jandrlic et de "Buchmarkt"

 







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