Vent du sud

Vent du sud
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Transcript remercie Inizjamed Malta
Par Pierre J. Mejlak

Traduit du maltais par Elodie Loppé


« Tu vas à l'enterrement ? lui demanda Mélanie alors qu'elle tendait le bras vers le sac pour en sortir le flacon de crème solaire.

- Tout le village y va, répondit Jason, les yeux cachés derrière ses grosses lunettes de soleil.

- Laisse-moi te mettre un peu de crème », lui dit-elle. Et avant qu'il n'ait eu la possibilité de répondre, elle avait déjà la main pleine de crème solaire et l'étalait sur son torse.

Un frisson parcourut le dos de Jason, mais il fit comme s'il avait l'habitude que des filles lui appliquent du lait solaire sur le corps. Et, à ce moment précis, il se dit que c'était peut-être le plus beau moment de sa vie. Mélanie lui étalant de la crème solaire sur le torse alors que les vacances commençaient, il n'aurait pas pu rêver de prélude plus délicieux à l'été.

« Mais quelque chose cloche », dit Mélanie. Elle jeta le flacon de crème solaire dans le sac et s'allongea sur sa serviette, son visage à une dizaine de centimètres de celui de Jason.

« Je ne sais pas, lui répondit-il, et je pense qu'on ne le saura jamais.

- Vraiment ?

- Pense à toutes ces choses étranges qui sont arrivées dans le village ces dernières années et qui sont restées des mystères. En voici un nouveau.

- Mais tu penses que Jonathan est quelque part, mort ?

- Qui sait ?

- Parfois, j'ai l'impression qu'il y a des gens qui savent tout mais évitent d'émettre le moindre son pour éviter de s'attirer des ennuis.

- Est ce qu'on n'est pas comme ça aussi ?

- Qu'est ce que tu veux dire ?

- Et bien, on connaît cette histoire avec le chien, par exemple, et on a décidé de ne rien dire à personne, même pas à Albert. Je veux dire, imagine que tu découvres quelque chose, est-ce que tu irais le dire à la police ?

- Sans aucun doute ! Bien sûr !

- Même si tu savais qu'en le disant à la police, quelqu'un serait prêt à se venger sur toi ? Ou sur quelqu'un de ta famille ?

- Oui, mais... Comment sauraient-ils que c'est moi qui suis allée à la police ?

- Qui que ce soit, il peut avoir des amis dans la police et le découvrir par eux... Après tout, la police n'est pas exactement une bande de robots coupée du monde réel. Ils ont aussi des amis.

- On pourrait toujours passer un coup de fil anonyme ou créer un compte Yahoo et envoyer un e-mail avec un faux nom.

- Ouais, bien sûr, ça résoudrait tout. La police aurait besoin de preuves. N'importe qui peut écrire et dire ce qu'il veut.

- Je ne sais pas trop...

- Comme ce que Mario disait ce matin par exemple. Hier, Vitor a parié que la police découvrirait qu'il y a quelqu'un d'autre d'impliqué. Il a gagné bien sûr. Mais cette histoire avec Vitor est bizarre. Alors, qu'est ce qu'on fait, on va à la police et on leur dit que Vitor pourrait avoir quelque chose à voir avec ça ?

- Parle pas si fort, Jason, quelqu'un pourrait t'entendre !

- C'est bien ce que je te disais. »

Et pendant quelques minutes, ils ne dirent plus rien. Jason regardait les taches de rousseur sur les joues de Mélanie, tandis qu'elle prenait plaisir à contempler son reflet dans les énormes lunettes de soleil de Jason. Il lui était difficile de résister à l'envie de légèrement rapprocher sa tête et l'embrasser, ne serait-ce que sur la joue... Pourtant quelque chose lui disait que le moment n'était pas encore venu.

« Parfois j'aimerais ne pas être né dans un si petit village », lui dit-il après un moment. Mélanie le regarda, attendant qu'il poursuive.

« Ici tout le monde connaît tout le monde. Tout le monde veut tout savoir sur tout le monde. Si tu sors dans la rue, tu dois dire bonjour à tout le monde. C'est quasiment impossible de marcher de chez toi à la place avec les mains dans les poches. Tu ne peux rien faire. C'est comme s'ils avaient réglé toute ta vie depuis le jour de ta naissance, et si tu essaies de t'écarter de ce chemin, même un peu, mon Dieu !, tout le monde te remarque et va parler de toi dans ton dos. Mais quand on a vraiment besoin de quelqu'un pour prendre la parole, alors là, tout le monde se tait. Parce que les personnes impliquées sont de ta famille, ou parce que ce sont des amis, ou parce que tu vas devoir les voir tous les jours, ou parce qu'elles te font peur, ou parce que, voilà, tu te dis "pourquoi est ce que je devrais changer quoi que ce soit ?" Et alors tout reste en l'état, rien ne change. Tout le monde prétend être un saint. Tout le monde passe son temps à l'église. Tout le monde sourit en rencontrant le prêtre, comme s'il était supérieur. La bonté incarnée. Tout le monde gonfle la poitrine de fierté à la fête du village et devient fou devant la statue. Mais après, loin du regard des autres, chacun fait ce qu'il veut.

- Alors qu'est ce que tu proposes?

- Il ne s'agit pas de ce que je propose, Mel. Je pense que soit tu acceptes les choses telle qu'elles sont, tu oublies qui tu es, tu n'en as rien à faire de rien et tu laisses juste couler, et tu fais comme tout le monde, soit tu te lèves et tu t'en vas. Et c'est plus facile de partir aujourd'hui que ça ne l'était avant. Parfois, j'aimerais être né ailleurs.

- Pas moi. Je ne voudrai jamais partir d'ici.

- Non, non, ne te méprends pas, Mel. Moi non plus », répondit Jason précipitamment, ne voulant pas donner l'impression qu'il puisse y avoir entre eux le moindre désaccord.

 

 

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Transcript remercie Inizjamed Malta

 

 







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