Brahim Tazaghart

"J'habite..."
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Photo : Karolis Zukauskas
Traduit du berbère par Mourad Slimani
J'habite les siècles passés
J'habite les jours de doute
J'habite les étoiles
Le miroir
J'habite le nom que vous me donnez
J'habite ce regard
Que sur moi vous jetez
Dans l'ombre ou sous la lumière

J'habite cet aveu d'aimer
Qui, quand il coule de ta bouche
Me couvre de confusion
Parce que je n'ai pas l'habitude
D'être aimé,
Qu'une femme tisonne son regard dans le mien
Sans ciller.

J'habite les poèmes
Des troubadours passionnés
Ceux dont parlent les livres
Qui inspirent ces épopées
Où je joue la nuit
Seul avec la lune
Où je chante
la beauté de celle à cause de qui
S'entretuaient les souverains
Sifaqs et Massinissa.

J'habite la fièvre des alités
Le froid des déguenillés
J'habite les cœurs des siamois
La peine de la veuve éplorée
Que laisse seul l'époux aimé
Egorgé par ceux-là qui croient
Que Dieu n'est pas Amour
N'est pas Espoir.

J'habite le pas qui fuit
La morsure ignoble de la misère
J'habite la sueur du trimeur
La sueur de ceux qui ont peur
Car les mains désarmées
Entendent marcher sur le toit

J'habite l'envie
J'habite l'usure
La crue des rivières
Quand fondent les neiges
Et débordent les affluents

J'habite les tombes affaissées
Les os que rongent les asticots
J'habite la soif
La mémoire vive
Qui rend malade ceux là qui sont témoins
Du jour où Elle fut souillée
Elle à l'éclat de l'argent
Devant les yeux
De son père qui regardait
Impuissant..

J'habite la colère
J'habite le ravage
J'habite le pied qui marche
J'habite la pierre du repos
J'habite le tonnerre
Et les eaux le suivent
J'habite l'émotion
De la femme qui donne la vie
Qui entend sous la douleur
Vagir son enfant

J'habite la poudre
J'habite la foudre
J'habite la force de Dieu
Qui ouvre à l'homme les yeux
Sur la bonté
De l'enfant qui tente de se tenir debout
Et de marcher


"Des fois..."
Traduit du berbère par Mourad Slimani

Des fois
Je souhaite
Mourir dans tes bras
M'endormir sur ta poitrine
Comme un petit enfant
Comme ce hameau qui s'appuie à cette montagne
Qui prolonge ses ombres
Sur les rivières qui grondent
Dans mon cœur épris

Des fois
Je rêve éveillé
Que nous chevauchons une monture,
Nous nous élevons
Vivre des nuits
Dans le cœur du firmament

.....

Des fois
Ahane le souvenir
Du poids de ce qu'il porte
De ces nuits qui se prolongent blanches, sans traits
Interdites à l’espoir
J'en oublie la couleur de tes yeux
Ton odeur
Le pas du soleil
Et ton spectre...
(...)







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