Quim Monzó

Critique du recueil de récits El Millor Dels Mons
Monzo - die beste aller welten (german)1
Article de Josep M. Ripoll, publié chez Serra dOr (Octobre 2001). Traduction de Frédéric Rovira Jacquet.

Devenu le narrateur catalan le plus connu, considéré par son éditeur en espagnol - il n'est d'ailleurs certainement pas le seul - comme l'un des grands écrivains européens actuels -, Quim Monzó n'a pas perdu son ton sarcastique ; au contraire, au fil du temps, il l'est devenu davantage. Depuis le splendide Le Pourquoi des choses, le goût de l'auteur pour l'humour noir - dans la ligne de Saki, Ambrose Bierce ou du Roal Dahl le plus corrosif - ou pour l'absurde - influencé par Kafka ou Slawomir Mrozek - a progressivement augmenté ; comme nous l'a aussi montré la dépuration expressive de son édition révisée des Quatre-vingt-six. Dans Le meilleur des mondes, nous retrouvons le Monzó le plus sarcastique, le plus dur même, dans l'implacable dissection qu'il fait des sentiments et des faiblesses humaines. Le livre se compose de trois parties, dont la première et la troisième sont constituées, respectivement, de sept et de six récits, alors que la partie centrale est une nouvelle qui figure parmi les Suvres les plus inquiétantes et en même temps les plus amusantes de l'auteur, dans un monde limitrophe de celui de Kafka, Cortázar ou Gonzalo Suárez.

Si la première partie inclut deux des nouvelles les plus cruelles du livre - « El meu germà » [Mon frère] et « Vacances d'estiu » [Vacances d'été] sous lesquelles se cache, cependant, une tristesse considérable - elle contient aussi deux exemples très remarquables de subtilité narrative : « Tot rentant plats » [Tout en faisant la vaisselle], une expérience suggestive dans la ligne de Robert Coover, et « Dos rams de roses » [Deux bouquets de roses] qui cache, derrière un optimisme trompeur, une vision désolante de la vie quotidienne. Cette dernière nouvelle est d'ailleurs l'une de celles qui expriment le mieux le sens du titre, réminiscence du personnage grotesque de Pangloss dans Candide, de Voltaire - selon qui on vit, malgré tous les malheurs, dans le meilleur des mondes possibles. « Davant del rei de Suècia » [Devant le roi de Suède], le petit roman qui occupe la deuxième partie - 100 pages exactement -, raconte, en principe, les péripéties d'un écrivain catalan, éternel aspirant au prix Nobel. Cependant, au-delà du côté satyrique immédiat de certains détails qui ont fait que beaucoup pensent à Pere Gimferrer - bien qu'il y ait d'autres détails qui démentent l'existence d'une caricature trop évidente -, le récit passe presque imperceptiblement de l'humour des mSurs à un univers onirique et fantastique, tout en établissant un jeu très subtil, qui ne se révèle qu'à la fin, entre la première et la troisième personne. Il s'agit, sans aucun doute, d'un des meilleurs récits que Monzó ait jamais écrits. Finalement, la troisième partie est peut-être celle qui surprend le moins, bien qu'elle soit impeccable comme tout le reste, et malgré la fin catégorique que représentent la violence et l'impitoyable portrait social de « L'accident ». El millor dels mons est, en définitive, une oeuvre catégorique, d'un humour féroce, qui reflète le Monzó le plus sarcastique avec une force qu'on ne trouve pas facilement parmi nos écrivains.






© University of Wales, Aberystwyth 2002-2009       home  |  e-mail us  |  back to top
site by CHL