Roman Simić Bodrožić
Au bord de la Kupa
J’étale de la crème sur le dos de Hana. Allongée à plat ventre sur un matelas pneumatique de couleur argentée, elle chantonne. Le dos de Hana est musclé, lisse et bronzé, sans grains de beauté ni traces traîtresses de soutien-gorge, son cou long et blanc.
J’écoute. Elle ne chantonne plus, mais émet une sorte de bourdonnement et des claquements de langue sur le rythme de la musique que les écouteurs déversent dans ses oreilles. Ce rythme, je ne l’aime pas, mais elle le suit tout en ramassant des graviers entre ses longs doigts de pied et en arrachant de ses dents les brins d’herbe à hauteur de sa bouche. Elle semble dire ainsi qu’on doit tout excuser. Ou peut-être pas.
J’enfonce mes pouces dans le creux de sa nuque, là où la peau de son cou rejoint son cuir chevelu. J’appuie et j’attends qu’elle dise quelque chose ou cesse de respirer. Je la regarde. Elle ne bouge pas. Les mains enfouies dans l’herbe, on dirait que, sur ce matelas pneumatique techno, elle vogue sur la mer et non sur la pelouse d’une résidence secondaire à moins d’une centaine de mètres de la Kupa. Une fourmi avance sur son bras, mais Hana ne la sent pas, ou elle trouve ça agréable, car elle l’imagine comme une goutte d’eau salée glissant sur son corps hâlé, y laissant sa trace. Je lui saisis le cou et serre plus fort qu’elle ne s’y attendait.
- Hé !
Elle se retourne et me regarde. Ses yeux sont dissimulés sous des lunettes, à la monture rouge cette fois-ci. Mais on peut quand même y lire la surprise et la douleur. Son nez est long et fin, ses lèvres charnues. Elles se plissent en une moue puis s’étirent en un sourire. A nouveau sa bouche se retourne vers l’herbe, sans avoir proféré une seule parole. Rouge, vert, argent. Hana n’est pas peureuse. Pas plus qu’elle ne l’était alors, il y a cinq ou six ans. Ses épaules sont rondes, sa peau douce. Elle relève ses cheveux, découvrant son cou comme si elle souhaitait que je le morde.
- Là.
Je fais exprès de ne pas le toucher. Au lieu de répondre, je laisse mes mains redescendre vers ses épaules, puis ses hanches. J’y promène mes doigts et mes paumes, décrivant des mouvements circulaires, puis j’appuie de plus en plus fort, de plus en plus profond, comme pour tenter de découvrir sous la peau le point connu pour être sûrement celui du plaisir. Ici. Les fils qui maintiennent le corps de Hana en un tout se relâchent et elle gît maintenant inerte, telle une marionnette abandonnée. Aucun son ne sort plus de sa bouche et on l’entend à peine respirer. Elle est peu-être morte, me dis-je. Je m’imagine qu’elle s’est endormie et qu’elle ne se réveillera plus jamais. Je vois ses petits poils dorés et ses ongles vernis de rouge continuer à pousser, comme si ce qui restait de vie en Hana s’était réfugié en eux. Je me vois massant le beau cadavre doré, victime heureuse de la vie facile et d’une musique désespérée. Puis je renonce à fantasmer davantage. Pressentant le déluge, la fourmi hésite un instant, puis se retire du bras et disparaît dans l’herbe. Le silence autour de nous n’est perturbé que par le fauve synthétique qui rugit dans les écouteurs, les cris des baigneurs au loin et le bruit des pages que l’on tourne.
Car Petar lit, allongé sur une chaise-longue près de nous. Petar est le propriétaire de cette maison de campagne, d’une Golf verte toute neuve et de Hana. Petar qui prépare une teuf et qui, avec son maillot de bain rouge, sa peau bronzée et son allure de mannequin, ne ressemble pas du tout à quelqu’un qui a besoin de lire. Il lit, cependant. Une histoire vraie, celle d’un Américain qui, parti se promener dans la nature sauvage, s’est cassé la jambe, empoisonné avec des baies sauvages puis est mort dans une épave d’autobus abandonnée. Je ne sais pas si avant cela il ne s’est pas congelé, car tout cela se passe l’hiver, dans le grand nord. Ce que Petar lit est en fait le journal que l’Américain a tenu à l’intérieur de l’autobus. L’Amérique. Je m’arrête un instant et je m’imagine l’homme à la jambe cassée se hissant dans la carcasse puis notant tout ce qui lui passe par la tête. Puis je pense à cet homme affalé sur sa chaise longue, près d’une fille au dos nu et d’un type qui la masse, qui n’a rien de mieux à faire que lire l’histoire d’un Américain qui s’est cassé la jambe, empoisonné avec des baies sauvages et se les a gelés avant de gribouiller plein de messages sur les parois d’un autobus. C’est géant, la façon dont ils sont ensemble. Elle fait bronzette tandis que lui tire de temps en temps sur son joint et fronce les sourcils, parce qu’il a le soleil dans les yeux et qu’il lit en anglais. Plongé dans son bouquin, il ne nous regarde pas, il ne voit pas mes doigts et les épaules de sa copine, à la différence de son chien et de ses putains d’amis.
Je n’ai pas besoin de lever les yeux pour savoir qu’ils sont là.
Odeur de gel.
Transpiration des corps musclés et bronzés.
Tandis qu’ils tournent autour de nous pour installer la sono, je comprends que je ne les aime pas et qu’eux-mêmes ne me supportent qu’à cause de Hana. Il n’y a pas besoin d’être fort en maths pour piger ça. L’ancienne copine de mon ami est mon amie, mais l’équation ne s’applique pas à son nouveau mec et à ses copains. Non, en aucun cas on ne saurait la retourner. L’Américain dans son autobus, les baies mortelles, la techno, la chimie, le plastique, le néant. Nous sommes différents, suffisamment pour avoir peur l’un de l’autre et nous haïr. Peur et haine qui diffèrent de celles que j’ai éprouvé il y a quelques années ici, sur les bords de la Kupa, quand je montais la garde pour qu’il n’arrive rien de fâcheux à leur petit derrière à quartz... Haine. Ces types bronzés paradent, faisant étalage de leurs tatouages douteux et de leur musculature bien repassée. Le terrier, nerveux, est couché à l’ombre de la chaise-longue, sa truffe frémit tandis qu’il louche sur moi, comme s’il sentait dans l’air que quelque chose allait se passer.
- Tu veux une taffe ? me demande Petar, toujours plongé dans son livre et ne faisant attention à rien ni personne.
Je ne réponds pas. Selon une recette ayant déjà fait ses preuves, je glisse mes index sous les aisselles de Hana et j’y cherche un poil qui y aurait été oublié. Elle ressuscite et crie. Elle se contorsionne sous mes doigts et un téton sombre et pointu sort sans honte son nez de sous son maillot.
- DJ Pierre ! crie-t-elle. Au secours !
Le chien se redresse et me fixe des yeux, mais Petar ne réagit pas. Je l’observe en douce. Seule la façon dont il fait bruire les pages et la manière dont il croise les jambes pourraient trahir son agacement. C’est trop peu pour que je jubile. Ses jambes sont musclées et puissantes, ses pieds étonnamment petits. Bien que Hana m’ait parlé de ses prouesses au lit, je considère cela comme la preuve irréfutable de l’indolence de sa bite. Je me penche vers elle et lui murmure à l’oreille ma conclusion.
Elle rit. Elle agite une jambe en arrière et me donne un coup de talon dans l’épaule. Je lui attrape le pied et j’ôte la bague en argent gravé qui orne un de ses orteils. Cela suffit maintenant. Elle se renfrogne et me supplie de la lui rendre. C’est un cadeau. Ses cheveux traînent dans l’herbe, son visage se détache sur la couleur argentée du matelas pneumatique. Elle a des pieds étroits, lisses et maculés de terre.
- Plus tard, lui-dis-je, pourquoi es-tu si pressée ?
Pressée. Tandis que je glisse la bague dans ma poche, je pense à Vito. Oui, elle était pressée. Après qu’il a été blessé, il lui aura suffi de quelques mois, ponctués de rares visites à l’hôpital, de quelques ballades dans la Golf verte et de quelques fêtes comme celle qui se prépare pour l’oublier. Elle a repris des couleurs. Elle a changé et elle est devenue encore plus belle. Elle s’est transformée en quelqu’un d’autre, Super-Hana, la poupée taz.
- Pourquoi m’invites-tu à ces fêtes de merde ? me retiens-je de lui demander.
- Pour que tu voies que je suis restée la même, ne me répond-elle pas. Que nous sommes toujours amis. Que la vie continue.
Non, la vie ne continue pas.
Le petit ours tatoué dans le bas de son dos a le poil qui se hérisse quand je le noie dans l’épais sirop de la crème solaire. J’éprouve une telle haine que j’en ai une érection. Sa peau est humide et douce. J’étale la crème tout en la pelotant. Je baisse son bikini et lui en étale sur les fesses. Je sens qu’elle retient son souffle et que de grosses gouttes de sueur crémeuse perlent sur ses sourcils. Je sens battre son coeur, je sens pulser le sang à ses tempes. Ses fesses frémissent. Elle les serre un instant, puis elle se détend, elle se donne. Hana. Aux fesses blanches et lisses, avec trois grains de beauté disposés comme les étoiles de la constellation Orion. Le jet de crème glisse dans la fente qui sépare les deux hémisphères, se teinte quand je la fais pénétrer dans les boucles brunes puis disparaît lorsque je teste la résistance de l’anneau étroit de l’anus. Puis je remonte son slip de bain et ramène mes mains sur ses épaules, ses omoplates, son cou, lieux plus ingénus. Tout cela n’a duré qu’un instant ou deux. J’essuie la sueur qui coule sur mon front et je sens mon doigt. J’essaie d’aspirer l’odeur de la peau de Hana, odeur de merde ou de la sueur de son entrejambe. Deux types en maillot de bain passent près de nous, portant des baffles. Je relève la tête et je leur fais un signe de la main, d’un air insolent, je leur souris peut-être. Ils restent là bouche bée, nous regardant Hana et moi, ainsi que Petar, qui gît enterré sous son livre, empoisonné par les baies toxiques américaines et la bonne herbe d’Herzégovine. Hana se tait, la musique a cessé de jouer dans les écouteurs. Seul le chien grogne encore, mais quand je lui fais une grimace, il bondit sur ses pattes et s’enfuit. Je me lève et vais chercher une bière.
Dans la maison, il fait frais. Je m’arrête sur le seuil, ferme les yeux et tends l’oreille. Je n’entends que ma respiration. La maison de campagne sent le renfermé, le Red bull, une boisson énergisante, et la tarte aux pommes. Mes mains tremblent. Respirer. Je trouve le réfrigérateur et j’y prends une canette. Comme dans la pub, je l’appuie contre mon front, mais je ne me sens pas mieux. Sur le canapé, dans un coin de la pièce, deux très jeunes filles s’embrassent. Je leur envoie un baiser et elles me le rendent. Je sors. Hirondelles sur la crête. Rire dans mon dos. Me voici à nouveau en plein jour, à l’air.
Cette résidence secondaire se trouve sur une hauteur et, lorsqu’on se hisse sur la pointe des pieds, on aperçoit la Kupa au travers des buissons. La même près de laquelle nous nous étions fait photographier, Vito et moi. Sur cette photo, j’ai l’air grand, je me pose plutôt là. Dans notre tenue de camouflage, nous avons l’air détendu et quelque peu provocant. La Kupa. On entend chanter les cigales et le bruit d’un hélicoptère au loin. Puis c’est soudain le silence complet, comme avant que cela ne se mette à tirer. Je promène mon regard sur le ciel puis le laisse courir le long de la rivière. Rien. De l’autre côté, on aperçoit des maisons qui n’ont plus de toit, un reflet sur un objet métallique et une fine volute de fumée. Au-dessus se sont agglomérés des moucherons et des oiseaux, repus et fatigués. Mon estomac se soulève quand retentit le crépitement du fusil-mitrailleur. Des rafales de musique transpercent la ramure des pommiers, s’abattent sur les buissons et les hommes affalés sur l’herbe. Quelqu’un pousse un cri, on entend un coup de sifflet. Comme obéissant à un ordre secret, les petites filles qui s’embrassaient sur le canapé se faufilent derrière mon dos et s’engouffrent dans le tableau en criant. Quelqu’un me prend la main et m’entraîne au sein de la foule. On renverse ma bière. On me pousse. Je m’emmêle les jambes et j’avance en faisant semblant de danser. Je suis maladroit. Je me sens perdu. Je ferme les yeux et je me laisse sombrer. Je vais mourir piétiné par les petites bacchantes techno, assommé par le bruit qui sort de ce coquillage de métal et par les sifflets des D.J. tout excités. Je vais mourir. Hana m’extirpe des ténèbres.
- Tu te sens mal ?
Je lui prends la main. Je la serre.
- Tu veux que nous allions faire un tour ?
Oui.
Non.
Je ne sais pas ce que je veux.
- Allez, on y va, dit-elle, et elle m’entraîne.
Nous avançons en titubant jusqu’à la route. Nous marchons lentement et, au bout de quelques pas, je peux à nouveau respirer. Elle ne porte plus ses lunettes. Elle est pieds nus, vêtue d’une robe d’un vert délavé. J’ôte mes sandales et nous foulons tous les deux de nos pieds le macadam poussiéreux.
- Comment ça va ? me demande-t-elle en ébouriffant de sa main mes cheveux. Tu es encore vivant ?
Je ne réponds pas. Je gonfle mes poumons. J’inspire cet instant. Je veux le lui dire, mais je ne le fais pas, j’ai peur de ma propre voix. Je redoute aussi son silence. A la place, je souris. Pendant quelques pas, nous sommes heureux.
- Je suis contente que tu sois ici, dit-elle.
Je ne réponds pas davantage. Tout près de nous coule la Kupa.
- J’ai envie de nager, déclaré-je enfin.
Je la conduis jusqu’à un petit banc de sable dissimulé derrière les buissons. J’ôte mon T-shirt et m’assieds par terre. Mon corps est blanc et détendu. Hana s’assoit près de moi, ses cheveux lui masquant le visage, les jambes croisées à la manière des petites filles. Elle me regarde en souriant. Je sais. Ses doigts triturent le sable. Je sens des grains collés sur mon front, mes sourcils, ma bouche. Je ferme les yeux et passe ma langue sur mes lèvres. J’attends. Une première boule de vase humide m’atteint à la poitrine. La deuxième me touche au cou. La troisième éclate sur mon ventre. Je me colle au sol et je rends les coups. Sable dans les airs, sur la peau, sous les doigts. Sable dans la bouche, dans les yeux. Je bondis sur Hana et j’écrase une poignée de boue fluide sur ses cheveux. Elle remplit mon slip de sable. Nous crions et nous contorsionnons. Nous fouillons la vase, la saisissons à pleines mains. Nous rions. Dans le sable labouré, je sens soudain sous mon doigt quelque chose de dur, en métal. L’objet, lavé par l’eau de la rivière, brille au soleil tel un bijou égaré. C’est une douille. Je la serre dans ma main. Je me lève.
Colère.
La Kupa.
Hana.
- Je suis venu ici avec Vito, lui dis-je. Quand il pouvait encore nager.
Je ris. Je jette l’enveloppe vide de la balle qui, après avoir décrit un grand arc de cercle, tombe dans l’eau en projetant une multitude de gouttelettes comme le corps fuselé d’un poison d’argent.
- Même avec ses deux jambes, il nageait mal. – Je ne la regarde pas, mais je sais qu’elle, elle me regarde. – Maintenant, c’est pire encore. Il ne t’a pas fallu beaucoup de temps pour l’oublier.
Dieu cul-de-jatte de la vengeance. Dieu de l’œil pour œil et du dent pour dent. Je serre les mâchoires et laisse les mots flotter au-dessus des eaux. Puis je me déshabille et j’entre dans la rivière. Je me retourne et l’observe. Elle est là sur la rive, le visage couvert de sable et décomposé. Les épaules de Hana, qui se soulèvent et s’abaissent. Les mains de Hana, qui ôtent ses vêtements. Le froufroutement de sa robe reste derrière elle. Scintillement de l’eau autour de ses hanches, sous ses mamelons dressés. Des libellules et des taons volent au-dessus de l’onde d’un vert trouble. La Kupa. Je plonge et ressurgis près d’elle. Son épaule est lisse, ferme sous mes dents. Son ventre plat. La fraise brûlante de sa langue. Tandis que je force sa bouche, ses lèvres tremblent, elle claque des dents. Je la pousse jusqu’à un endroit où l’eau est peu profonde. Là, je me couche sur elle. J’écarte ses jambes. Je me glisse entre elles et la pénètre. Hana. Je ne reconnais pas son visage. Visage sans regard qui émerge de l’eau. Je le mords. Je mords aussi ses seins et de l’eau boueuse s’infiltre dans ma bouche. Je me convulse sur elle. Je lui écarte les bras. Je jouis. Je m’affale sur elle. Son souffle froid sur mon oreille. Ses sanglots ravalés. Son corps de sable éparpillé. Clapotis de l’eau sur mon dos. Je me mets debout et regagne la rive en chancelant. Je m’assieds sur le sable et je la regarde se laver. Elle ne tourne pas son visage vers moi. Je me lève et je m’essuie avec mon pantalon. Sa bague tombe de ma poche. Argent corrodé. Un souvenir. Je la jette sur sa robe.
- Tu viens ?
Elle ne répond pas. Je ramasse mes sandales et je m’en vais. Le soleil est haut dans le ciel. J’avance. Il y a de hautes herbes des deux côtés de la route. Oiseaux, mouches. Cet été bourdonne comme une ligne à haute-tension. Il fait chaud. Je marche lentement, évitant les graviers et les fourmis. Je respire profondément, en essayant de garder en ma mémoire chacune de mes inspirations. Petar vient à ma rencontre. Il a l’air soucieux. Avant qu’il n’ait eu le temps de dire quelque chose, je pointe le doigt en direction de la rivière.
- Elle se baigne, dis-je. Tout est O.K.
Nous échangeons un sourire lorsque nous nous croisons.
J’escalade la colline et j’arrive à la maison. Puis je m’approche de l’endroit où une vingtaine de corps à demi nus dansent. J’échange un bref salut avec ceux qui remarquent ma présence. Une jeune fille toute souriante est assise sous un arbre, une cannette de bière à la main.
- Hé, où étais-tu passé ? me demande la mutine.
Je hausse les épaules et me laisse tomber près d’elle. Nous rions et buvons tour à tour. Je m’allonge et je pose ma tête sur ses genoux.
- Tu es fou, me dit-elle en riant et en passant sa main dans mes cheveux.
Je contemple le ciel en essayant de penser à quelque chose. Je pense à ses doigts. Je pense à la couleur verte de la canette. Puis je ne pense plus à rien. Je n’éprouve plus rien, hormis de la fatigue.



