Entretien avec Atef Abu Saif

Entretien avec Atef Abu Saif
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Atef Abu Saif
Par Alice Guthrie, traduit de l'anglais par Stéphanie Lux

Atef Abu Saif a été invité à Manchester deux fois en 2009, en janvier pour participer à un atelier intitulé Art & Conflit organisé par Littérature Sans Frontières dans le cadre du projet Cross Border Arts (voir http://www.lit-across-frontiers.org pour de plus amples informations), et la seconde fois pour participer au Festival de Littérature de Manchester avec Bernard McLaverty. La première fois, son visa lui a été refusé par les autorités britanniques en raison des restrictions concernant les visas accordés aux artistes et aux universitaires (voir la campagne du Manifesto Club), la seconde, il n'a pas pu quitter Gaza, alors qu'il avait également obtenu une bourse de travail aux Etats-Unis.

Alice Guthrie a présenté l'interview en ces termes :A propos du processus créatif palestinien, Mahmoud Darwish, dont la formule est restée célèbre, a parlé de « détenus qui font pousser des fleurs dans la cour de leur prison » ; quant à Somaya El Sousi, auteure de nouvelles et de poésie dont nous présentons des extraits dans ce 33ème numéro de Transcript, et qui vient elle-même de Gaza, elle évoque l’écriture comme une quête « folle » d’une « solution magique ». Atef Abu Saif a déclaré qu’un grand nombre de jeunes Palestiniens se tournent vers le creative writing quand la situation est particulièrement difficile, et moi qui ne suis pas Palestinienne, je suis fascinée par cette réponse créative à la violence et aux traumatismes ; je suis souvent stupéfiée qu’ils arrivent à écrire avec tout ce qui leur arrive, à tous les niveaux. Je me réjouissais de voir Atef pour parler avec lui de ce phénomène et de bien d’autres aspects de son travail créatif, au cours d’une discussion avec Bernard MacLaverty qui devait avoir lieu dans le cadre du Festival de Littérature de Manchester. Malheureusement, et comme il fallait s’y attendre, il n’a pas pu quitter Gaza pour participer au festival. Mais par miracle, malgré les problèmes techniques (Gaza a le plus mauvais approvisionnement en électricité par personne au monde), Atef a pu enregistrer cet entretien pour nous, et ainsi être des nôtres malgré tout. 

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Nous sommes vraiment désolés que vous ne soyez pas avec nous à Manchester. Pourriez-vous nous expliquer pourquoi vous êtes actuellement bloqué à Gaza ?

Bonjour, ici Atef Abu Saif – toujours à Gaza. Je suis désolé de ne pouvoir être à Manchester avec vous – je n’ai pas pu quitter Gaza à cause du siège qui nous est imposé : les frontières sont fermées, et je n’ai pas pu sortir de la bande de Gaza. J’espère avoir une autre occasion de venir, mais il est vraiment difficile de voyager à partir de Gaza, il faut un miracle pour réussir à quitter Gaza dans ces circonstances, une intervention divine… qui n’a pas eu lieu, dans cette terre sainte.

Vous êtes l’auteur de textes de fiction et de travaux universitaires ; vous êtes journaliste ; vous enseignez le creative writing et les sciences politiques en arabe et en anglais ; et vous êtes un jeune père de famille. Comment gérez-vous tout cela ? Pourquoi poursuivez-vous autant de pistes intellectuelles à la fois ?

Oui, c’est vrai – j’écris de la fiction, des romans, et en même temps je travaille en tant que journaliste, et j’enseigne les sciences politiques et le creative writing dans les universités de Gaza… Je ne sais pas, ces chemins multiples que j’essaie de développer ou d’explorer sont comme une façon de me trouver moi-même – vous savez, tout tourne autour de la recherche de sa propre identité, à l’intérieur de cette zone de conflit. J’ai toujours voulu écrire, je me disais que l’écriture était comme une sorte de message, parce que c’est très lié à ma propre histoire politique – enfin, privée – et à l’histoire de ma famille… Depuis qu’enfant, j’écoutais ma grand-mère me raconter son enfance à Jaffa, avant la guerre de 1948, et comment elle a été forcée de quitter cette ville magnifique pour vivre dans un camp de réfugiés, j’ai voulu essayer de saisir cette souffrance. Et je pense que cette souffrance est toujours actuelle – ma grand-mère est morte il y a quinze ans, mais cette souffrance est toujours là, elle m’entoure dans le camp de réfugiés, dans la ville, je ne sais pas si vous voyez la ville de Gaza derrière moi…Je crois que j’ai voulu donner une expression à cette souffrance – je ne sais pas si j’y suis parvenu, mais au moins, j’ai essayé !
Quand j’ai décidé de faires des études, je n’ai pas voulu étudier la littérature, parce que je pense que mon principal professeur de littérature était Aisha, ma grand-mère : c’était une conteuse hors pair, et j’espère qu’à la fin de ma vie je serai capable de raconter des histoires aussi bien qu’elle… finalement, pour me nourrir, pour trouver quelque chose qui me permette de survivre, j’ai étudié les sciences politiques, une matière qui en plus m’intéressait vraiment. Aristote avait raison quand il disait que l’homme est un animal politique – mais à Gaza, la politique est partout, croyez-moi ! Même les ânes et les chiens comprennent la politique, parce que nous vivons dans une société et une région en général extrêmement politisées – évidemment, ce n’est pas seulement le cas pour Gaza. Même quand j’enseigne à l’université, j’essaie de montrer à mes étudiants que la vie peut être meilleure, vous savez, parce que les gens, à Gaza, ont perdu l’espoir, ils dépriment, et ils ont beaucoup de problèmes, des problèmes pour trouver du pain, pour avoir du gaz pour faire la cuisine, et pour avoir de l’électricité, bien sûr, c’est un problème quotidien ici… Mais ça n’empêche que je crois que le message qu’on peut faire passer, même à mes étudiants, c’est que la vie vaut la peine d’être vécue, vous savez, qu’en dépit de tous ces conflits, on peut vivre sa vie.

Vous venez de l’évoquer, l’électricité est extrêmement rationnée, les liaisons téléphoniques sont exécrables, il y a des barrages routiers partout, toutes sortes de problèmes d’ordre logistique, sans parler de la violence et des dangers de votre environnement immédiat. Comment faites-vous pour vous livrer à vos diverses activités professionnelles, avec la situation technique et logistique qui est la vôtre ?

Eh bien, oui, à Gaza, on a de la chance si on a de l’électricité pendant 24 heures ! (Rires). Et encore plus si le téléphone marche, si on a du réseau avec son téléphone portable, si on peut se servir d’Internet régulièrement – je pense que rien n’est régulier à Gaza, tout est irrégulier, on ne peut rien attendre de façon sûre, on ne peut pas dire : demain, je ferai ça, et après-demain, ça… Je pense même qu’on ne peut promettre de faire quoi que ce soit… Personnellement, quand j’ai des cours à préparer, des articles à écrire pour le journal, et que je dois travailler sur mon nouveau roman, tout en répondant à mes mails… je me sens déconnecté : vivre à Gaza, c’est comme être débranché ; on se sent déconnecté, mais on n’a pas le choix : il faut juste continuer à mener cette vie, parce que j’ai des enfants à nourrir, et parfois il faut que je prépare des cours pour mes étudiants, chaque semaine, il faut que je rende un article et que j’édite mon journal politique. Je ne sais pas, parfois, il faudrait un miracle à Gaza, mais je pense qu’il n’y a pas de miracles, que c’est une question de volonté, de comment on organise sa vie, mais parfois c’est dur, parfois, croyez-moi, je me sens déprimé. Par exemple, cela fait trois ans que je n’ai pas pu sortir de Gaza – on m’a invité à l’étranger à dix-sept reprises, je devrais être à Manchester à l’heure qu’il est, et j’avais aussi une bourse de Brown University aux Etats-Unis, une bourse d’écriture, et je n’ai pas pu partir. Alors j’ai l’impression d’être en prison – un jour, je disais à mon ami Mohammed que Gaza est comme une immense prison, et il m’a répondu : peu importe sa taille, une prison, c’est une prison. Et il avait raison, parce que même si elle fait 350 km de long, c’est toujours une prison, et on ne peut pas en sortir !


Vous me parliez récemment des sit-in hebdomadaires organisés par les proches de prisonniers devant les bâtiments de la Croix Rouge, qu’on retrouve dans votre nouvelle « Les années portrait », et vous avez évoqué l’« espoir désespéré » qui est le leur tous les lundis matins. Pourriez-vous nous expliquer un peu cette dichotomie toute palestinienne ?

Oui. Cela a commencé en 1949, et toute ma vie j’ai vu ces familles des prisonniers installées devant le quartier général de la Croix Rouge à Gaza – ces vieilles dames avec des photos de leurs enfants, tous prisonniers – elles sont là toutes les semaines ! Tous les lundis matins, entre 10 et 11 heures, vous retrouvez les mêmes visages… Le temps passe, les visages vieillissent, mais elles ont toujours l’espoir que leurs enfants (pour elles, bien sûr, ce sont toujours des enfants) soient libérés un jour. Elles manifestent contre l’emprisonnement de leurs enfants décidé par les Israéliens, qui les empêchent de les voir – certaines n’ont pas vu leurs enfants depuis dix ans… Cette capacité à espérer m’a fasciné : même s’ils se rendent bien compte que la Croix Rouge ne pourra libérer leurs enfants, et que les traités de paix ne les feront pas sortir de prison, que leurs manifestations et leurs sit-in resteront sans effet – ces gens ont quand même de l’espoir. C’est ce que j’ai appelé l’« espoir désepéré » : il ne s’agit pas tant d’une dichotomie, mais plutôt de la capacité à espérer même si cet espoir n’existe pas.


Votre nouvelle « Un matin exclusif » caricature l’agressivité de la couverture médiatique des drames qui touchent Gaza quotidiennement, et que vous m’avez décrite récemment comme une sorte de « nourriture » donnée aux dépens de la souffrance personnelle des gens. Comment cela fonctionne-t-il, selon vous ? Quelle est l’attitude des médias internationaux face aux drames personnels que vos compatriotes vivent sous les yeux de tous ? Comment améliorer cette couverture médiatique, comment la rendre plus appropriée, plus réelle, mois intrusive et voyeuriste pour les habitants de la bande de Gaza ?


Dans « Un matin exclusif », j’étais préoccupé par la façon dont les médias couvrent les événements qui se déroulent à Gaza. Habituellement, comme vous le disiez, les médias ont tendance à occulter la souffrance personnelle des gens. Je me souviens qu’un ami journaliste m’a dit un jour – nous étions dans ce même bâtiment - « Imagine qu’une roquette s’abatte sur ce bâtiment, là » - il me montrait un immeuble assez éloigné mais qu’on pouvait voir d’ici - « Imagine, j’aurais une photo exclusive ». Il ne pensait pas aux centaines de morts que cela ferait, mais juste à la couverture médiatique ! Et je pense que les médias travaillent comme ça : Gaza est une source d’informations, c’est l’endroit où l’information se fait. Je me souviens que, quand j’étais en Italie pour ma thèse, un ami m’avait demandé comment c’est d’être à Gaza ; je lui ai répondu que c’est comme être dans un reportage télévisé. A Gaza, c’est vraiment comme si on était au cœur de l’usine à informations. Mais le plus grave, dans tout ça, c’est la déshumanisation des gens que peut entraîner la couverture médiatique. De mon point de vue, quand je suis les informations sur Gaza, je trouve qu’on parle beaucoup de politique, d’économie, et parfois d’aspects militaires, et de violence, mais on ne dit rien de la souffrance des gens, ni de leurs conditions de vie – c’est l’idée principale d’« Un matin exclusif » : les deux Italiennes veulent qu’il agisse, elle ne comprennent pas qu’il n’agisse pas, qu’il pleure, parce qu’il est triste à cause de la mort des jeunes enfants du quartier. Elles veulent qu’il rejoue sa réaction, vous savez, c’est vraiment l’idée de la re-création de la souffrance, de la tristesse, il s’agit de recapturer le moment, et c’est vraiment dur, parce que ce n’est pas un spectacle pour se divertir, la tristesse, c’est privé.


Votre immeuble est encerclé de minarets, il y en a cinq tout près de chez vous, ce qui fait que dans chaque pièce, vous pouvez entendre un nouvel appel à la prière. Plusieurs de vos nouvelles font référence à une présence islamiste de plus en plus forte dans la vie des personnages, qui débouche sur un sentiment de claustrophobie. Pouvez-vous développer ce point, et peut-être nous dire quelle interaction il y a avec la présence sioniste, comment tout cela influence la vie quotidienne à Gaza ?

Je ne sais pas, la religion fait partie de la société, et si vous suivez les changements dans la société palestinienne et moyen-orientale en général, il y a un processus d’islamisation, une tendance à pratiquer davantage la religion. Là où je vis – au septième étage d’un immeuble du quartier Nasser, à Gaza-ville – il y a cinq minarets autour de l’immeuble, j’en vois par toutes les fenêtres. Bien sûr, je vis dans une société islamique, alors c’est normal d’entendre l’appel à la prière, mais ce que je veux dire, c’est que ça vous rappelle aussi la présence centrale de la religion dans le conflit du Moyen-Orient ; donc ça ne concerne pas seulement Gaza, c’est évidemment la même chose en Israël, et je pense que c’est la raison pour laquelle il est si dificile de résoudre ce problème, parce qu’il est présenté comme si c’était un problème entre deux religions. Mais si c’était le cas, on verrait les dieux se battre ! Personnellement, je pense qu’il s’agit de problèmes nationaux. Pour moi, en tant que Palestinien, eh bien il s’agit de revenir au temps de ma grand-mére Aisha. Nous tous, d’elle à mon jeune fils, nous aspirons à la création d’une nation indépendante.


Sans cette situation ridicule et inhumaine que vous subissez en tant qu’habitant de Gaza, vous seriez assis en face de moi et seriez en train de vous entretenir avec Bernard MacLaverty. Il décrit le creative writing comme une sorte de version adulte des jeux imaginaires des enfants, consistant à « inventer un monde, y faire évoluer des gens et commenter à haute voix ce que ces gens ou ces animaux font au moment où ils le font ». Pour lui, c’est peut-être également une façon d’« essayer de donner du sens aux choses, dans un monde difficile ». Votre propre expérience d’écriture se rapproche-t-elle de cela ?

Oui, je suis d’accord – écrire consiste à essayer de donner un sens à cette situation difficile ; l’Irlande du Nord est une zone de conflits, et Gaza l’est peut-être encore plus… Je crois que pour ma part, comme je le disais tout à l’heure, j’ai été fasciné par la façon dont ma grand-mère Aisha me racontait sa très belle jeunesse, comme elle s’en rappelait, du moins, à Jaffa. Et puis comme on l’a forcée à partir, à fuir Jaffa à pied, et à passer le reste de sa vie et mourir au camp de réfugiés de Jabalya à Gaza. Je crois que c’est cette souffrance que j’essaie de capturer – du moins dans le roman que je suis en train d’écrire sur la période que nous appelons post-Nakba, c’est-à-dire après que les Palestiniens ont été forcés de quitter leur pays, en 1948. Et je crois que c’est le message de la littérature : je n’essaie pas de conceptualiser le rôle de la littérature dans la société, mais elle joue un rôle, c’est sûr. Quand les gens voient mes nouvelles, ou celles d’autres écrivains, la première chose qu’ils demandent, c’est : « De quoi ça parle ? », parce qu’ils veulent retrouver leur vie dans ces textes. Et je pense que les gens, les gens comme vous et moi, aiment voir leur vie et leur histoire dans ces histoires. Voilà pourquoi le roman est si important dans un contexte comme le contexte palestinien, parce qu’il peut raconter ces histoires. En même temps, écrire l’histoire des gens n’est pas ma mission – je ne suis pas historien, ni sociologue, je ne suis pas un spécialiste en sciences politiques qui écrit sur les gens – non, en fait, j’essaie de recréer par bribes les vies qui m’entourent, et je ne dis pas que je demeure loyal à l’endroit où j’ai grandi, mais vous savez, j’ai vraiment été touché par les histoires que m’ont racontées les réfugiés, tout ce qu’ils m’ont dit de leur souffrance, de leurs souvenirs, et de leurs rêves, aussi, bien sûr. Les rêves de mes étudiants me touchent et m’affectent, eux aussi. Et à côté de ça, il y a ma propre vie, durant laquelle j’ai souffert de ce conflit, et mes propres rêves : je ne peux pas voyager, j’ai fait de la prison, j’étais dans une prison israélienne à cause de ce problème national, et puis… j’ai perdu mon frère dans cette guerre.

Dans « Un matin exclusif », le jeune Palestinien qui accompagne l’équipe de la télévision italienne espère amener Darwish, votre personnage, à rejouer sa souffrance : dans ce but, il se livre à une sorte de chantage émotionnel / nationaliste, déclarant que c’est « pour la cause palestinienne ». De la même façon, dans une nouvelle de Bernard MacLaverty, on encourage un enfant à participer à un cambriolage avec son père en lui donnant l’impression que c’est « pour l’Irlande ». Ressentez-vous ou avez-vous ressenti ce type de pression sur votre propre travail, de quelque manière que ce soit ? Comment travaillez-vous avec la conscience de tout cela tout en restant libre dans votre créativité, en créant, comme le dit Mahmoud Darwish, votre « marge flexible entre patriotisme, politique, quotidien, culture et littérature » ?

Il ne s’agit pas d’héroïsme, vous savez, mais plutôt de la manière dont le conflit et le sentiment national affectent les personnages. C’est vrai, mon personnage, Darwish, n’accepte pas – même à la fin, lorsque je jeune journaliste lui met toute cette pression – il n’accepte pas de répéter, ou de rejouer, comme il dit, ce moment de souffrance. Et il dit, tout simplement, qu’il ne peut pas répéter cela, parce que c’est quelque chose de privé. Le type essaie de le convaincre en se servant de l’image héroïque du pays et d’un discours nationaliste, et c’est un exemple de la manière dont le sentiment national peut affecter notre vie quotidienne. Je pense que c’est un problème très important, les gens peuvent en être très affectés, personnellement je peux être très touché, je me souviens qu’on m’a souvent dit, quand je ne voulais pas faire quelque chose, « c’est pour la Palestine ». Et c’est vrai, j’aime mon pays, tout le monde aime son pays, parce qu’on aime nos souvenirs, nos parents, notre famille, on aime l’endroit où on est né et notre enfance, et nos rêves, à nous, Palestiniens, ne sont pas réalisés. Mais il ne s’agit pas de ça. On a affaire à une exagération du nationalisme : les êtres humains aiment donner une importance exagérée à leur nationalité. C’est là que le travail de l’auteur intervient dans la nouvelle, parce qu’on a beau vouloir être loyal avec sa société, on ne veut pas être un homme politique, on n’a pas envie de parler politique ! Je ne veux pas être un auteur politique, vous savez, je ne veux pas écrire des slogans ou des brochures politiques, je veux écrire une histoire, je veux écrire la vie, et je veux que mes histoires soient aussi vivantes que la vie dans la rue.

De quelle façon le public, ici, peut-il exprimer son sentiment de solidarité et d’indignation ? Que pouvons-nous faire pour vous, habitants de Gaza et Palestiniens en général ?

(Rires) Je ne suis pas un activiste politique, je ne saurais dire comment les gens peuvent apporter leur soutien aux Palestiniens, mais je pense que la cause palestinienne est juste, et cela suffit. Les Palestiniens ne demandent pas la lune, comme disait ma mère, Amna. On retrouve ça dans « Le temps du portrait » : elle voulait faire sortir son enfant de prison, vous savez, elle ne demandait pas la lune ! Elle demandait juste que son enfant soit relâché, et elle soutenait la paix pour cela. Je ne sais pas, je ne vais pas dire aux gens quoi faire, mais je pense que c’est une juste cause, et je n’ai pas de réponse à ça, mais bon, je pense qu’ils… savent quoi faire.

Cette interview a été enregistrée au Centre de Médias de Gaza-ville le mardi 20 octobre 2009 en fin de soirée, à la faveur d'un des rares moments, cette semaine-là, où il y avait de l'électricité. Nous remercions Pal Media Company pour les locaux, Samir Bougie qui a filmé l'entretien et Ibrahim Abu Saif qui a travaillé toute la nuit pour que ces vidéos soient visibles depuis la Grande-Bretagne.

Cliquez sur les liens suivants pour voir cette interview en version originale sur Youtube ainsi que des lectures des textes d'Atef Abu Saif :

Interview Atef Abu Saif (première partie)

Interview Atef Abu Saif (deuxième partie)

An Exclusive Morning, d'Atef Abu Saif, traduit et lu par Alice Guthrie

The Portrait Years, d'Atef Abu Saif, traduit et lu par Alice Guthrie







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