Salim Al-Naffar

Au café
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© Florence Aigner
Traduit de l'arabe par Stéphanie Dujols

Au café…
J’ai demandé aux passants sur le trottoir :
Comment allez-vous
Dans cet exil
Sans fin
Qui va croissant
Une jeune fille passait, maussade,
Et un jeune homme venait de par ici
Pour aller ne sachant où
Absurdement
Poursuivant ce qu’il voyait
Ou ne voyait pas
Sans un salut pour l’eucalyptus
Se contentant de sourire
Un peu bêtement
Au café…
J’ai vu le temps
Dans des sables d’effroi

               *

Ici, on pourrait bien ne pas trouver,
Voire on ne trouve pas
Un temps… pour se distraire

Mais
Nous avons cet air pur
Dieu… Dieu !
Est-ce une vie,
Ou une saignée dans la saignée ?

               *

Au café…
J’ai vu la poésie en proie
Aux tourments de la rosée
Je lui ai demandé
Comment allait son cœur
Et ce qui allait venir… de loin
Ses mots ont bafouillé
Elle s’est mise à mastiquer
Péniblement
Des pans de l’ode

               *

Non… ils ne sont pas arrivés
Ni les fleurs amoureuses
Ni les peines se refermant
Ni le rêve du jeune homme
Qui chantait l’espace
Non… il n’est pas arrivé
Car les gens entre eux
Ont coupé les routes du courrier

               *

Dieu… Dieu !
N’as-Tu pas assez
De notre accablement ?
Je me vois furieux
Je Te vois en vouloir plus…

Pour Ta miséricorde
Je vais vers Toi
Seulement mes frères, eux,
Ont disparu
Infidèles au serment de l’union

               *

Gloire au Prophète qui a fait le Voyage nocturne
Et m’est apparu… lune
Grattant la nuit de mon cœur qui palpite
Nulle peur
Nulle faim
Nulle haine
Ni Chosroès assiégeant Ton regard

               *

Ici, Gaza,
Au café… pense à son pain
Et à la vie
Pleine d’amour
Et de vent sans effroi
Car ni Salmân ne se dresse
Ni tornades prodigieuses ne soufflent

               *

Ici, les histoires d’antan sont consommées
Ô, le temps du lien…
Ce n’est pas ainsi qu’advient le temps
Qui illumine
Ici, on ne redonne à l’homme son lustre
Que par l’amour

               *

Si le lieu s’inspirait du lieu
On pourrait creuser dans la mer une tranchée
Pour offrir à notre jour un éclat
Et des arbres
Eclairant le fond des ténèbres
Nous ne sommes pas nés
Pour une traduction idiote
Qui attise le feu dans le foyer




Grippe
Traduit de l'arabe par Stéphanie Dujols

Une petite pluie
Assaille ton corps
Sans prendre la permission…
Nul besoin d’invitation,
Comme un frémissement d’ailes
Elle effleure le sommeil léger
Qu’y puis-je
Qu’y peux-tu
Quand elle convoite tous les corps
Pour nous transmettre son feu
Dans cette vague de doux froid ?

               *

Une petite pluie
Et nous ployons
Comme un brin de menthe
Car elle est de nuages, de froid, de frissons
Elle ne veut rien de plus
Tous les désirs sont endormis
Non, rien ne peut l’ébranler
Ni soie
Ni fruit… Ni bruissement

               *

Une petite pluie
Qui se répandra en éclairs
Dans les plis de ton corps amoindri
Ne faiblis pas, même si elle tonne
C’est de la foudre
Qui vient en été
Comme les chevaux
Dans le tumulte de la guerre
Ses épées : le désordre des sens
Son faix : langueur et dépérissement
Le cœur n’en réchappe pas,
La lumière de ses roses s’étiole
Et le vide l’ensanglante

               *

N’empèse pas… tes vagues indécises
Je rêve
D’une tasse de café
Dont je goûterais la chaleur
Comme des lèvres furtives
Au café
Chassant à la hâte
Pour ensuite vaquer

               *

Une petite pluie
Mais qui
Irrigue en profondeur
Tous les échos de la douleur
Le matin tient sur la paume de la somnolence
La nuit est ficelée à des couleurs de démence
Dans chaque quartier… elle voudrait se loger
La paresse l’attire
Une petite pluie :
Pas une femme ne se désaltèrerait à sa rivière
Elle ne nourrit même pas son homme
Une petite pluie
Une petite pluie







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