POESIE : Antoine Cassar
La poésie
Qu’est-ce que la poésie, tu
me demandes,
tes yeux beaux et grands
perçant la fumée de café
qui monte entre nous.
Que sais-je, beh,
ce n’est pas facile à
expliquer –
la poésie est une carte,
l’étendue,
pain planétaire,
c’est un passeport jeté dans
les ondes
qui se déchire et se gorge de
sel,
ou bien, la poésie
c’est le visage de la femme
la plus monstrueuse
après quatre ou cinq vodkas
de la plus forte,
mais quand je sors
du bureau
cubique
effacé après une journée de
virgules
et de points finaux
manquants,
pas même le chant du
rossignol
sur le troisième arbre
ne m’émeut.
Mon amour, je ne sais pas, on
ne peut pas la définir,
pour te répondre, il faut
qu’on
sorte sur le balcon –
pardonne-moi, tes fleurs sont
mortes,
j’ai oublié de les arroser
quand tu étais en voyage,
mais dans l’aspect abîmé de
l’œillet desséché
vaincu désormais par les
fourmis,
je dois le dire, il y a
quelque chose
qui me fait trembler le
crayon.
Ne te fâche pas, excuse-moi,
j’étais occupé,
mon amour, ton visage qui se
rougit quand tu mords ta main
tu me rappelles ma tante,
– c’est ça la poésie, par
exemple –,
non, ne lève pas la main,
arrête,
aïe !!
Tu m’as fait mal, comment
veux-tu je ne crie pas !,
j’appuie bien la glace sur ma
joue,
le froid dur contre la peau
brûlante, c’est ça la poésie,
n’importe, ça me passera,
et maintenant que nous sommes
là
avec mon bras enveloppé
parfaitement autour de ta
taille,
tes lèvres chaudes, ton
souffle qui caresse
l’arc de mon cou,
oui, oui,
mon amour, c’est ça la poésie
aussi.
Plomb
à l’occasion de «Opération Plomb Durci», janvier 2009
Ils sortent de dessous la
table, ils ramassent
quelques vêtements, quelques
oranges de plus, il portent
leur fils avec l’ours
décapité dans la main, ils partent
vers l’abri de la cabane dans
le champ, ils sont blessés
par les brûlants fragments de
vitre
explosés de la mosquée morte.
Elle sort de la fumée de
coton, le silence
de son mari se réverbère sous le
voile, couverte
de poussière qui s’adoucit et
se verdit, le sang
de son fils brûle sur le
froid du drap, qui n’a
ni la force de pleurer, ni
d’ouvrir la bouche
dans le couloir débordant de
l’hôpital.
Quelle perte de temps, quelle
perte de vie,
quelle perte de pitié
implacablement postposée,
des cieux ouverts, de
l’étendue de la baie
bombes de plomb d’une loterie
enfilée,
futile bataille sans
vengeance à l’affût,
fumée dans la fumée, taches
sur les taches.



