POESIE : Antoine Cassar

La poésie
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Traduit par l'auteur et Jean-Christophe Cung

Qu’est-ce que la poésie, tu me demandes,
tes yeux beaux et grands
perçant la fumée de café
qui monte entre nous.
Que sais-je, beh,
ce n’est pas facile à expliquer –
la poésie est une carte, l’étendue,
pain planétaire,
c’est un passeport jeté dans les ondes
qui se déchire et se gorge de sel,
ou bien, la poésie
c’est le visage de la femme la plus monstrueuse
après quatre ou cinq vodkas
de la plus forte,
mais quand je sors
du bureau
cubique
effacé après une journée de virgules
et de points finaux manquants,
pas même le chant du rossignol
sur le troisième arbre
ne m’émeut.
Mon amour, je ne sais pas, on ne peut pas la définir,
pour te répondre, il faut qu’on
sorte sur le balcon –
pardonne-moi, tes fleurs sont mortes,
j’ai oublié de les arroser quand tu étais en voyage,
mais dans l’aspect abîmé de l’œillet desséché
vaincu désormais par les fourmis,
je dois le dire, il y a quelque chose
qui me fait trembler le crayon.
Ne te fâche pas, excuse-moi, j’étais occupé,
mon amour, ton visage qui se rougit quand tu mords ta main
tu me rappelles ma tante,
– c’est ça la poésie, par exemple –,
non, ne lève pas la main, arrête,
aïe !!
Tu m’as fait mal, comment veux-tu je ne crie pas !,
j’appuie bien la glace sur ma joue,
le froid dur contre la peau brûlante, c’est ça la poésie,
n’importe, ça me passera,
et maintenant que nous sommes là
avec mon bras enveloppé
parfaitement autour de ta taille,
tes lèvres chaudes, ton souffle qui caresse
l’arc de mon cou,
oui, oui,
mon amour, c’est ça la poésie
aussi.




Plomb
Traduit par l'auteur et Jean-Christophe Cung

à l’occasion de «Opération Plomb Durci», janvier 2009

Ils sortent de dessous la table, ils ramassent
quelques vêtements, quelques oranges de plus, il portent
leur fils avec l’ours décapité dans la main, ils partent
vers l’abri de la cabane dans le champ, ils sont blessés
par les brûlants fragments de vitre
explosés de la mosquée morte.

Elle sort de la fumée de coton, le silence
de son mari se réverbère sous le voile, couverte
de poussière qui s’adoucit et se verdit, le sang
de son fils brûle sur le froid du drap, qui n’a
ni la force de pleurer, ni d’ouvrir la bouche
dans le couloir débordant de l’hôpital.

Quelle perte de temps, quelle perte de vie,
quelle perte de pitié implacablement postposée,
des cieux ouverts, de l’étendue de la baie
bombes de plomb d’une loterie enfilée,
futile bataille sans vengeance à l’affût,
fumée dans la fumée, taches sur les taches.







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