POESIE : Joe Friggieri

Trappistes
Gilbert_calleja_2011_14_supermedium
Traduit par Teresa Friggieri

Ils traversent les sentiers
du silence vert gris
entre les murs des jardins
parmi des arbres
couverts de lichens,
convoqués à la prière secrète
par la cloche
à l’aube et au crépuscule
avec dans leur tête des fils de pensées
jamais tissées
et des tas de livres
qui attendent d’être lus.

Leur vie est une vie cloîtrée
où les pommes, les pêches et les raisins
possèdent couleur, forme et goût
mais aucun nom,
et ils n’ont pas de mot
pour distinguer l’aigle du hibou,
le pain des cailloux,
la mer du désert,
ou pour décrire
la chasse à bout de souffle
du lion contre le cerf,
la chute fatale, le bond,
les talons qui déchirent la chair,
les dents tachées de sang
et la gueule sanglante.

Est-ce ainsi
qu’on étouffe le désir bourgeonnant
pour mieux sentir l’air
lourd de l’arôme de fleur d’oranger
qui ébouriffe le blé
pendant les après-midi d’été ?
ou qu’on empêche les cauchemars
au long des nuits gelées
remplies de vin
des mois d’hiver ?

L’air maintenant est calme :
les cigales chantent
une poulie rouillée grince
au dessus d’un puits ouvert.

Au loin les trains grondent
secouent la terre.




Mégalithe
Traduit par Marlène Calvin

Des chardons dans les pierres
des épines au bord des chemins
un soleil cuisant
aspirant de la poussière toute vie
desséchant les arbustes dès leurs racines
forçant les lézards hors d’haleine
à se réfugier dans les creux des rochers.

Temples des anciens
toujours debout sur les os
de ceux qui les ont élevés et y ont prié
pour y vivre à jamais,
temples qui répètent sans parler
les espoirs vains de ceux qui ont cru
en le pouvoir des dieux qui donnent la vie
et qui acceptent la fumée des sacrifices.

Des pierres qui nous provoquent :
« Où sont-ils allés
ceux qui autrefois sont venus ici
avec le blé pour adorer ?
Qui étaient-ils
qui s’en souvient encore ?
Qui aimaient-ils
et qu’ont-ils fait pour éliminer la souffrance ?
où sont-ils maintenant
et que recueillent-ils de ce souvenir ? »

Des pierres qui ne donnent pas de réponse
sauf une seule
qui se fait écho à travers le temps
et au creux de nos oreilles :
« Ces rocs sont plus forts
que ceux qui les ont bâtis
et que nous qui les étudions
un livre à la main. »

Le soleil tape sur du verre brisé.
Les lézards halètent dans les fissures des rochers.
Le chant sec des criquets transperce l’air du désert.

Autour des temples
aujourd’hui comme à l’âge de pierre
les guêpes dansent sur les fleurs de fenouil.







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