Poésie : Doris Kareva

Poèmes
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(c) Jüri J Dubov
Traduit de l'estonien par Antoine Chalvin

L’amour suit des chemins imprévisibles
 mais son esprit semble présent
 dans tout ce que tu touches.
La plante se dresse si doucement vers le ciel
 si doucement se tourne vers le soleil.
Entre tous les instincts, celui-là : 
peut-être le plus profond.


Chaque jour,
 chaque nuit, 
quelqu’un vient
 les yeux carbonisés.
Il ne dit pas
 ce qu’il a vu 
dans le monde
 vivant.


LE CHASSEUR DE LUMIÈRE

1.
Lumière miroitante, dissimulée, foudroyante : 
sans cesse la saisit ta surface miroir,
 sarcastique et prophétique ; jetant des reflets 
sur la pénombre qui te pénètre ; 
luttant seule dans l’enchantement chatoyant –
 nue, évidente, menaçante, stimulante, 
convexité étincelante et scintillante – œil ? 
roi ? ambassadeur ? soldat en ce bas monde ?
 ou magicien ?
En aucun d’eux ne se distingue
ton rayonnement.
Ton âme pourtant se révèle – lentille concentrant, rassemblant la lumière, qui, 
vitesse et chaleur – liesse et lueur –
 indescriptible me traverse.


2.
Dans le labyrinthe se répand l’odeur.
 Il est arrivé. Nous ne connaissons pas encore 
la forme de son corps, ni la lumière 
qui fulgure sous son front. Mais l’esprit 
déjà se tend. Chacun de nous est atteint 
par son frôlement invisible, 
son pouls qui bat dans les hauteurs pourpres.


3.
Ferme les yeux et revis.
La phrase que tu trouves tonne comme un écho 
sous les voûtes du souvenir. C’est là 
que tu te tiens, fasciné
 par les gouttes du jet d’eau.
Ainsi ton âme
 s’élève dans un élan de passion – ainsi, dans sa clarté, éclate et se révèle
 la mélodie toute-puissante de la lumière.







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