- Editorial
- Essai : En attendant le grand roman estonien, Märt Väljataga
- Extrait du roman : Andrus Kivirähk (Le granger ou Novembre)
- Extrait du roman : Jaan Kaplinski (Hektor)
- Extrait du roman : Mati Unt (Des choses dans la nuit)
- Une Nouvelle : Mehis Heinsaar (La jolie fille qui avait déjà tout vu)
- Poésie : Doris Kareva
- Poésie : Jaan Kaplinski
- Poésie : Hasso Krull
- Poésie : Viivi Luik
- Poésie : Ene Mihkelson
- Poésie : Tõnu Õnnepalu
Poésie : Jaan Kaplinski
Poèmes - Jaan Kaplinski
CHAQUE PRINTEMPS
Chaque printemps le ciel est plus bas
les escaliers plus hauts
et il t’est plus facile de ne pas te regarder dans la glace le matin
de t’habituer à ce que tu n’es plus
trop de sentiers parcourus pour revenir en arrière
le soleil et la neige ont balayé tes traces
comme celles de tous les autres
à l’endroit où tu désiras le plus longtemps parvenir
les serrures sont ouvertes désormais les gardiens sont partis
seul le vent fait bouger la porte
et parmi tous les sons dont tu voudrais te souvenir
il ne subsiste qu’une berceuse de Väike-Anna
une pluie chaude tombe sur toi et sur le bac à sable
une pluie qui efface tout le reste
et qui pourra t’aider toi aussi à oublier
que tu as un jour existé et vécu
ENTRE LES MOTS
Ce qu’il y a entre les mots
est toujours plus que les mots eux-mêmes
les blocs de glace se libèrent
et s’en vont vers la nuit avec le courant
de tous ceux que tu as croisés en chemin
il ne reste que des silhouettes noires
des ombres plus noires encore que l’ombre de la nuit
l’ombre de la nuit… Mais la nuit elle-même la vraie nuit
que savons-nous d’elle qui l’a vue
qui en est revenu qui se souvient encore
qui sait parler de l’obscurité plus blanche que la lumière
plus lourde qu’une plume d’oiseau plus généreuse que le regret
CELUI DONT NOUS SOMMES LE RÊVE
Celui dont nous sommes le rêve comment a-t-il pu nous laisser là
dans la vaste grange du cosmos en train de refroidir
dans cette grande cloche vide où personne n’entend personne
à travers les voix de jadis et l’écho même du silence
où il est si difficile de se souvenir de tout et de tout reconnaître
y compris soi-même
il ne peut nous aider il ne peut nous entendre
sauf un très bref instant entre deux rêves entre deux mondes
quand il s’éveille nous nous évaporons nous nous désagrégeons
il ne reste qu’une voix sans maître une question sans réponse
une goutte de rosée solitaire sur une herbe automnale
le vent du soir dans une toile d’araignée ténébreuse



