Seán Ó Ríordáin

Seán Ó Ríordáin
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Lire des poèmes de Seán Ó Ríordáin traduits en anglais dans Transcript.
Seán Ó Riordaín (1917-1977) est né à Múscraí, Comté de Cork, dans le sud-ouest de l'Irlande, une région connue pour sa riche tradition littéraire en langue irlandaise. Jusqu'à l'âge de quinze ans, Ó Riordaín baigne dans un environnement gaélique. C'est alors que sa famille déménage pour s'installer près de Cork, dans une région anglophone. Cette césure, synonyme de déchirement et de déracinement, devait profondément marquer le poète. Atteint tout jeune de tuberculose, il parvint à l'âge de soixante ans mais fut toute sa vie maladif et dut passer de longues périodes alité. Le poète dut s'échiner toute sa vie durant dans l'ombre de la mort, lui qui aspirait tant à la plénitude culturelle, physique et spirituelle.

Dans toute son existence, Seán Ó Riordaín n'a publié que quatre livres, production modeste s'il en est : Eireaball Spideoige (Queue de rouge-gorge) (Sáirséal Ó Marcaigh 1952, 1986), un volume d'une centaine de pages, qui fut suivi de trois courts recueils, Brosna (Une poignée de brindilles) (1964), Línte Liombó (Quelques vers des limbes) (1971), et Tar éis mo Bháis (Après ma mort), qui fut publié à titre posthume. Son oeuvre est le résultat d'une distillation patiente, qui lui donne une puissance et une résonance particulières. Ó Riordaín s'est forgé une langue qui ne ressemble en rien à celle d'autres poètes irlandais, un idiome fait de mots-clé, représentant des concepts-clé, avec des associations de mots novatrices et des adjectifs tonitruants spécialement concoctés par le poète, l'expressivité lexicale étant chez lui sous-tendue par une syntaxe limpide.

La lecture de la poésie de Seán Ó Riordaín fait ressortir l'obsession de l'auteur pour quelques thèmes particuliers. On pourrait tout d'abord la définir comme un nationalisme de nature plutôt culturelle que politique. Thème récurrent dans la plupart des écrits poétiques du vingtième siècle, la langue irlandaise représente le calice auquel la nation doit s'abreuver afin de redécouvrir sa propre identité. Le second thème majeur chez Ó Riordaín n'est pas l'expression de la foi, bien qu'on puisse être tenté de l'interpréter ainsi, mais bien davantage la remise en question de la foi. L'auteur, maladif et anémique, vient plutôt chercher inspiration et réconfort dans la foi chrétienne que dans les institutions de l'Eglise.

Dans son oeuvre, Ó Riordaín s'efforce de recenser ses expériences fugitives de l'essence des choses. Certaines de ces expériences sont bien tangibles, comme la voix de la rivière, qui exprime la quintessence même du fleuve. D'autres sont par contre abstraites, et plus difficiles à appréhender : comment cerner l'essence de la nation, comment l'exprimer ? Par ailleurs, le mensonge est partout présent dans le monde, et le poète va s'efforcer d'identifier et d'exprimer ces signes de duplicité, peut-être pour dégager une voie qui mènerait à la sainteté.

En Irlande, Ó Riordaín a été perçu comme un poète européen, ce qui signifie probablement que son oeuvre est considérée comme majeure. Affirmation non dénuée de fondement, certes, mais bien vague. C'est ainsi qu'on a pu comparer ses idées à celles de l'existentialisme européen. S'il est clair que des affinités existent entre la pensée de Ó Riordaín et celle de Kierkegaard, son univers est par contre totalement étranger à celui des existentialistes français de l'après-guerre. Si l'on doit chercher des parallèles existentialistes « européens » avec le poète irlandais, c'est peut-être vers la France catholique et préromantique qu'il faut se tourner, vers les Pensées de Pascal par exemple.

Parallèlement à son oeuvre poétique, Ó Riordaín écrivit régulièrement dans les dernières années de sa vie des chroniques pour le quotidien Irish Times, dans lesquelles il traitait avec véhémence de questions liées à la vie politique irlandaise. Plusieurs de ses poèmes ont été publiés en traduction anglaise (par exemple dans Modern Irish Poetry: An Anthology, sous la direction de Patrick Crotty) . Les poèmes paraissant en anglais dans ce numéro de Transcript sont publiés pour la première fois.






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