LE PAYS BASQUE

Le reveil du hérisson
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Bernardo Atxaga
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Miren Agur Meabe
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Felipe Juaristi Galdos
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Juanjo Olasagarre Meninueta
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Kirmen Uribe
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Rikardo Arregi Diaz de Heredia
'Malgré la remarquable infrastructure éditoriale, médiatique et académique dont nous disposons aujourd'hui, la littérature basque ne se montre toujours pas telle qu´elle est : une littérature en quête de nouveaux lecteurs.'

par Mari Jose Olaziregi.

Lire des textes basques en traduction française chez Susa.

Le réveil du hérisson, ce mystérieux animal qui se roule en boule et hérisse ses piquants à l´approche du danger, sert parfaitement à symboliser le développement de la littérature en langue basque. Comme Bernardo Atxaga le suggère dans son poème, il s´agit d´un hérisson qui, après une trop longue léthargie, a heureusement réussi à s´éveiller au XXe siècle. La période la plus intéressante et remarquable de notre histoire littéraire se situe donc dans les cent dernières années, période qui fera l´objet de la plupart des lignes qui suivent. D´où les rares références à notre passé littéraire le plus reculé, car, dès la parution en 1545 du premier livre en basque, le recueil de poèmes Linguae Vasconum Primitiae de B. Etxepare, seuls 101 livres ont été publiés avant 1879, dont quatre seulement peuvent être considérés comme strictement littéraires. De ce fait, nous parlons d´une littérature tardive, d´une littérature qui n´a pas connu de conditions socio-historiques trop favorables à son développement et qui a été liée, cela va de soi, aux avatars de la langue qui la soutient : la langue basque.

Les premières publications de notre histoire littéraire ont vu le jour dans le Pays Basque français. D´autres textes ont suivi celui d´Etxepare et constituent des tournants importants dans le développement de la littérature en langue basque : la traduction, en 1571, du Nouveau Testament et de quelques écrits calvinistes réalisée par J. de Leizarraga ainsi que la parution en 1643 de l´oeuvre Gero de Pedro de Axular, considérée comme le fleuron de la prose ascétique en notre langue. La publication de textes d´édification et de traductions se poursuit et, au XVIIIe siècle, c'est au Pays Basque espagnol qu'il faut situer la renaissance des oeuvres et des auteurs. En 1765 sont fondés la Royale Société Basque des Amis du Pays et le Royal Séminaire de Bergara. Soutenus par les idées de l´Illustration, des auteurs tels que Fco. Javier Mª Munibe, Comte de Peñaflorida, ont éveillé et ravivé l´ambiance culturelle de l´époque. De la période 1794-1808 nous voulons souligner le niveau atteint pas les activités liées à la langue. À ce moment-là l´éminent linguiste G. de Humboldt nous rend visite pour devenir ensuite le diffuseur du basque dans les cercles européens. Beaucoup d´autres se succèdent ; à l´ombre du Romantisme, le Pays Basque et notre ancienne langue attirent aussi l´attention de créateurs et de curieux, tels que le poète anglais W. Wordsworth ou l´écrivain français P. Mérimée, qui choisit un personnage basque, Carmen, comme héroïne de son célèbre roman.

Quoi qu´il en soit, c'est dans la dernière décennie du siècle précédent que nous découvrons les premiers indices d´un esprit nouveau, un esprit qui bouleversera de fond en comble l´avenir de notre littérature. Aussi assistons-nous à la fin de la prépondérance des ouvrages d´édification et de formation religieuse, et l´éventail des genres littéraires s´élargit. La perte des fors à la suite de la deuxième guerre carliste (1873-1876) a marqué le début de ce que la critique a appelé la 'Renaissance' de la littérature basque.

C'est à cette époque-là que, de la main de Sabino Arana, on jette les bases du nationalisme basque ; celui-ci à son tour exerce son emprise sur toute la littérature basque du premier tiers du XXe siècle. La suprématie de l´idéologie nationaliste a deux effets sur la production littéraire des premières décennies du XXe siècle : d´une part elle est troublée par des objectifs extralittéraires et d´autre part elle passe à côté du mouvement moderniste européen qui a tenté de bouleverser et le langage et les formes déjà éclatées de l´époque moderne. Nous parlons des écrivains qui ont souscrit au manifeste lancé en 1930 par le poète E. Pound : 'Make it new !' et dont les airs novateurs ne sont arrivés chez nous que bien avancé le siècle, vers les années 60. Le roman basque qui fait ses premiers pas à la fin du XIXe siècle de la main de D. Aguirre essaiera de peindre un monde idéalisé et essentialiste, éloigné des cités industrielles qui se sont formées dans le Pays Basque. Il s´agit, en fait, d´un roman à thèse conçu autour de trois axes principaux :la foi, le patriotisme et son caractère basque. Voici le modèle qui subsistera jusqu´aux années 50.

Parmi les autres genres, c'est sans doute la poésie qui l´emporte dans la première moitié du XXe siècle. Forte d´une tradition littéraire bien plus formelle que celle de la narration, la poésie post-symboliste qui trouve sa meilleure expression dans l´oeuvre de J. M. Lizardi, Lauaxeta et Orixe, a essayé d´explorer les possibilités expressives de notre langue. La Guerre Civile espagnole (1936-1939) a fait des ravages dans la production littéraire basque. Au grand nombre de pertes et d´exilés il faut ajouter la forte répression exercée par les vainqueurs. Nous parlons d´une époque où les prénoms basques ont été interdits, de même que les inscriptions en basque sur les pierres tombales des cimetières ; une époque où les citoyens, l'administration, la culture sont autant de milieux sur lesquels la censure du régime de Franco s'est exercée.

On a affirmé que la génération de l'après-guerre a été l´une des plus importantes pour la littérature basque, car elle lui a offert ce dont elle avait le plus grand besoin : une certaine continuité. Signalons, parmi les poètes de cette époque, Ion Mirande : il a transgressé l´esprit religieux dissimulé dans la poésie basque jusqu'aux années 50. Hétérodoxe et nihiliste, héritier de Poe et de Baudelaire et lecteur de Nietzsche, Mirande nous a aussi laissé un roman, La filleule ( 1970), une sorte de version basque de Lolita de Nabokov. Aussi bien J. Mirande que G. Aresti (1933-1975) appartenaient à ce qu´on est convenu d´appeler la 'Génération du 56', génération qui a cherché à mettre à jour la littérature basque par le biais de l´incorporation des propositions modernes des littératures européennes ; elle a surtout tenu à débarrasser la littérature basque de son servilisme politique, religieux ou folklorique, pour que, enfin, la fonction esthétique du fait littéraire l´emporte sur toutes les autres. Les évenements qui se sont succédé au Pays Basque quelques années plus tard, dans les années 60, (développement industriel et économique, consolidation des écoles basques ou ikastolas, unification de la langue basque, activité politique importante contre le régime de Franco qui censurait toute activité culturelle en basque, campagnes d´alphabétisation en langue basque, ...), ont préparé un terrain propice à la germination des nouveaux principes littéraires.

Quant aux récits, le roman existentialiste Leturiaren egunkari ezkutua [Le journal secret de Leturia] (1957) de Txillardegi marque le début de la modernité pour le roman écrit en basque. Quelques années plus tard, en 1969, lors de la publication de Egunero hasten delako [Parce que ça commence tous les jours], l´écrivain Ramón Saizarbitoria bouleverse de fond en comble la donne romanesque : un roman expérimental proche du Nouveau Roman français se substitue à la poétique existentialiste. Nous commençons une nouvelle période où la forme romanesque et l´expérimentation l´emporteront dans les univers littéraires des auteurs de l´époque. Cet étalage formel bat son plein en 1976 avec la publication de Ene Jesús [ Oh !, mon Dieu], du même auteur.

Dans les années 70 le plus international de nos auteurs fait irruption dans le panorama de la littérature basque : Bernardo Atxaga. (Voir Transcript 4.)

Le début de l´ère démocratique espagnole en 1975 a permis de mettre en place des conditions objectives menant au plein développement de la littérature basque en tant qu´activité autonome. Les données de ce nouveau panorama sont éloquentes : actuellement on publie quelque 1500 nouveaux titres par an, il y a quelque 100 maisons d´édition sur le territoire du Pays Basque, environ 300 écrivains, dont 10% seulement sont des femmes, et la narration est le genre le plus cultivé, en particulier le roman, genre plébiscité par les lecteurs de la dernière décennie. D´un autre côté, à partir de 1981, on peut suivre des études universitaires de Philologie Basque, ce qui permet le renforcement de la critique académique ainsi que la parution de nouvelles générations de chercheurs. On assiste à la consolidation d´événements importants, tels que la Foire annuelle du Livre de Durango. Les traductions d´oeuvres universelles en basque connaissent un développement quantitatif et qualitatif inouï, au point que j´oserais affirmer qu´à l'heure actuelle on est en mesure de lire en basque sans problème des auteurs universels tels que Faulfner, Joyce, Kundera, Hasek, Skvorecky´.

Sans aucun doute l´aspect le plus faible de notre système littéraire est toujours le nombre réduit d´ouvrages écrits en basque qui sont traduits en d´autres langues. Sur les 60 titres qui ont été traduits à de différentes langues, l'oeuvre de B. Atxaga vient en tête non seulement à cause de langues auxquelles elle à été traduite (Obabakoak peut se lire en 25 langues différentes) mais aussi grâce à l´écho et au succès international connus par l´auteur. Malgré la remarquable infrastructure éditoriale, médiatique et académique dont nous disposons aujourd'hui, la littérature basque ne se montre toujours pas telle qu´elle est : une littérature en quête de nouveaux lecteurs.

Le livre qui a vraiment bouleversé la donne poétique de l´époque est Etiopia (1978), de Bernardo Atxaga: ce livre a établi le canon de la poésie moderne parmi nous. La parution de l´ouvrage a eu lieu à une époque où la poésie basque connaît sa période d´avant-garde, grâce à la prolifération de revues littéraires qui ont joué le rôle de plaque tournante pour beaucoup d´auteurs. Pour compléter cette présentation, il nous reste à signaler que dans les années 80 nous assistons à une pluralité de tendances poétiques, dont la consolidation de la poésie dite de l´expérience. Poètes de la taille de F. Juaristi (Denbora, nostalgia) [Temps, nostalgie] (1985), Galderen geografia [Géographie des questions] (1997), A. Iturbide, J.K. Igerabide ou M.J. Kerexeta, vont combiner une approche au symbolisme et à l´esthéticisme et le recours à l´expérience personnelle, en tant que base de leur poésie personnelle. D´autres auteurs, tels que T. Irastorza, ont publié des poèmes plus intimistes. Malgré la diminution du nombre d´ouvrages poétiques publiés dans les années 90, d´autres auteurs se sont incorporés à notre panorama : R. Diaz de Heredia (Hari hauskorrak) [Les fils fragiles] (1993), Kartografia (1998) ou G. Markuleta. D´un autre côté, les écrivains groupés autour de la revue Susa, auteurs d'une poésie rupturiste, 'underground' pour ainsi dire, ont assisté à l´élargissement de leur groupe initial de poètes (Izagirre, Aranbarri, Nabarro, Montoia, Otamendi, Borda) grâce à l´incorporation d´autres noms dans les années 90 (Olasagarre, Cano, Berasaluze).

Quant à la narration, genre nettement prépondérant dans les dernières décennies, signalons que la prolifération de revues littéraires dans les années 80 a contribué au développement du conte moderne du fait de leur brièveté. Les ouvrages de J. Sarrionandia (Narrazioak) (1983) ou de Atxaga, notamment son excellent livre Obabakoak (1988), nous emmènent à des mondes fantastiques et imaginaires, auparavant inconnus dans la prose écrite de notre langue. Cette trajectoire du conte moderne s'est vue confirmée par les narrations portant l´empreinte de Rulfo de I. Mujika Iraola dans Azukrea belazeetan [Du sucre dans les prés] (1987), ou par le réalisme sale de X. Montoia. Quoi qu´il en soit, comme il arrive dans la littérature espagnole de la fin du siècle, l´activité littéraire basque a aussi tourné autour du roman dans les derniers temps. À présent la narration est le genre qui connaît le plus grand succès, le plus grand prestige et offre, bien sûr, la plus grande rentabilité éditoriale. Si nous devions présenter brièvement les tendances et les auteurs les plus remarquables d'aujourd'hui, nous devrions commencer par les auteurs qui adhérent au roman lyrique ou poétique ; celui-là a commencé à proliférer à la fin des années 70 et parmi ses représentants se comptent le texte intimiste et proche du 'féminisme de la différence' des années 70 : Zergatik Panpox, (Orain, 1995) de A. Urretabizkaia, ou les romans de Juan Luis Zabala : Zigarrokin ziztrin baten azken keak [La fumée d´un mégot insignifiant] (1985) et Kaka esplikatzen [Bagou] (1989). Ces ouvrages rappellent le goût pour le détail symbolique de Hanhka ou le désespoir omniprésent dans l´univers de T. Bernhard. Un autre genre romanesque qui foisonne chez nous ces derniers temps est bien le roman policier sous ses divers aspects. Par ailleurs, si dans la plupart des romans publiés dans les années 70 prédominaient la préoccupation linguistique et les modèles classiques anglais du whodunit, à partir des années 80 d´autres éléments du thriller contemporain et du roman noir américain s'y sont progressivement incorporés. Pour ne citer que quelques titres intéressants, voilà le roman d´espionnage : Izua hemen [La peur ici] (1991) de J.M. Iturralde ; l´excellent roman Ur uherrak [De l´eau trouble] (Hiru, 1995) de A. Epalza ; El hombre solo [L´homme seul] (1994), de B. Atxaga, thriller psychologique qui a remporté plusieurs prix ; l´inquiétante histoire de mystère Katebegi galdua [Le maillon perdu](1996) de Jon Alonso ou les romans à rebondissements Beluna Jazz (1996) et Pasaia Blues (1999) de Harkaitz Cano.

Outre les caractéristiques signalées, le réalisme, l´observation de la réalité extérieure règnent dans les ouvrages de narration les plus récents. Il s´agit d´un réalisme agrandi par les nouvelles perspectives et points de vue, par leur rayonnement fabulateur ou par le traitement formel. Ce regard vers l´extérieur est à l´origine de la prolifération des romans autour d´événements historico-politiques importants pour notre histoire contemporaine. En plus des romans réalistes signalés de B. Atxaga, nous avons les dernières publications de R. Saizarbitoria : Los pasos incontables [Les pas incalculables](1998) et Amor y guerra [Amour et guerre] (1999), où la mémoire joue le rôle d'axe narratif autour duquel il écrit une sorte de roman de témoignage. Pour compléter ce puzzle il faut parler de la trajectoire importante de certains auteurs tels que J.M. Irigoien, qui a apporté des airs sudaméricians à nos romans (Babylone) (1998), ou encore du perpétuel renouveau poétique qui est à l´origine de toute la production de A. Lertxundi. Ses débuts néorréalistes (Goiko kale,1973) ont évolué vers des univers littéraires qui ne s´inspirent plus d´événements réels mais de simples conjectures littéraires. Avec Lertxundi nous entamons un voyage littéraire, un voyage intertextuel, qui se nourrit de différentes traditions poétiques. Les romans Las últimas sombras (1996) [Les dernières ombres] et Un final para Nora (1999) [Une fin pour Nora] en sont des exemples.

Vu de n´importe quel point de vue, le réveil du hérisson s'avère extrêmement intéressant.









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