VIANDE DE RENNE SECHEE

Niemi à Edimbourg
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'Armé d'un impressionnant couteau de chasse, Niemi se met à découper des tranches d'un gros bloc rouge brun de viande de renne séchée et à les offrir à chacun des participants, à la plus grande joie de l'auditoire et de l'écrivain.'

Par Anna Paterson

Un grand et mince jeune homme, d'apparence studieuse, vient occuper le devant de la scène. Nous sommes au Festival du Livre d'Edimbourg, sous le chapiteau où les auteurs signent leurs ouvrages. Mikael Niemi, car c'est bien de lui qu'il s'agit, est entouré de gens, chacun tenant précieusement à la main son exemplaire de Musique traditionnelle de Vittula. Depuis sa parution l'an dernier (2002), le roman de Niemi a connu un fulgurant succès international, d'autant plus stupéfiant qu'il s'agit d'un roman qui relate les années de maturation d'un jeune adolescent à Pajala, bourgade de la lointaine province de Tornedalen, à la frontière suédo-finlandaise.

Armé d'un impressionnant couteau de chasse, Niemi se met à découper des tranches d'un gros bloc rouge brun de viande de renne séchée et à les offrir à chacun des participants, à la plus grande joie de l'auditoire et de l'écrivain. Simple opération de marketing ? Peut-être, mais également invitation à l'échange. Mikael Niemi est un homme à la fois avisé et authentique.

A première vue, on pourrait voir dans le succès foudroyant de Musique traditionnelle l'attrait pour un morceau de choix, un plat préparé pour un lectorat globalisé friand d'exotisme. Mais dans ce livre, c'est bien sa propre histoire, intimement personnelle, que Niemi raconte, une histoire écrite par un auteur profondément attaché à Tornedalen et à sa langue, un dialecte du finnois. Et si Niemi s'y montre facétieux, c'est bien souvent aux dépens du lecteur, déjà dans le titre de l'ouvrage, « de Vittula » signifiant en finnois « du vagin ». Vittula est aussi le nom du quartier de HLM où le jeune garçon a grandi.

Les pouvoirs publics encouragent la pratique du suédois, tout en acceptant à contrecoeur le finnois « officiel » comme seconde langue. Le fait que les habitants de Tornedalen soient réduits au rang d' « illettrés dans leur propre langue » a profondément marqué Niemi. Elevé en suédois, Niemi préfère à cette langue « l'humour et l'imagination vigoureuse de la culture finnoise. » Il affirme qu'il « sent les choses en finnois », et il a commencé par écrire des poèmes et des pièces de théâtre pour les gens du coin. Ses voisins étaient ravis et fiers d'entendre leur propre parler sur la scène : « car en suédois, pas possible de rire à gorge déployée». C'est alors que Niemi a décidé qu'il allait essayer de faire pour le finnois de Tornedalen ce qu'Irvine Welch avait réussi pour le dialecte écossais urbain, faire adopter la modernité à son idiome régional tout en respectant son identité et sa particularité. Apparemment, ça a l'air de marcher, dit-il d'un ton enjoué, tout en ajoutant que d'autres langues nordiques sont encore plus menacées, parmi lesquelles le dialecte sami du sud, qui n'est plus parlé que par quelque 300 personnes.

Niemi se réjouit de l'impact économique de Musique populaire sur Tornedalen. Avec les six mois d'hiver marqués par l'obscurité et le froid intense, il est pratiquement impossible à l'heure actuelle de maintenir en activité la pêche et l'agriculture. Les jeunes s'en vont en masse, et chez ceux qui restent, le chômage est endémique. Mais les choses sont en train de changer, et dans la région ne cessent d'accourir des autocars bondés de touristes, qui veulent voir de leurs yeux tous ces endroits et ces gens qu'ils ont découverts dans le livre.

Dans un moment de sérieux, en coulisse, Niemi m'a affirmé sa conviction que l'on peut « trouver l'universel dans le local ». Rien de mystique dans cette affirmation, de même que son intense identification avec la nature sauvage fait partie de son héritage et n'a rien à voir, absolument rien, insiste-t-il, avec le réalisme magique. Il existe selon lui un lien direct entre une culture locale respectée et aimée et une conscience politique. Le sentiment de confiance en soi s'est récemment affermi à Tornedalen, et il se pourrait bien que cette région devienne un jour indépendante. C'est en tous cas le voeu le plus cher de Niemi et l'essentiel de la mission qu'il s'est assignée en tant qu'écrivain.





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