Añjela Duval

Añjela Duval
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Kan an douar [Le Chant de la Terre] de Añjela Duval (1973, puis réédité en 1980), est l'une des meilleures ventes en langue bretonne avec quelque 3 000 exemplaires.

par Francis Favereau

La poétesse Añjela Duval (1905-1981) a vécu pratiquement toute sa vie là où elle était née, à Traou an Dour, hameau isolé de la petite commune rurale du Vieux-Marché dans l'arrière-pays de Lannion en Trégor.

Paysanne, parfois photographiée en costume traditionnel de son Trégor natal, elle avait repris la ferme de ses parents après la mort de ceux-ci (son père mourut en 1941, sa mère dix ans plus tard). Elle était, en effet, leur fille unique, car sa soeur aînée Maia (morte à dix ans, mais restée présente dans certains poèmes) ainsi qu'un frère (Charles) étaient décédés avant sa naissance. Restée ensuite célibataire, à cause de son refus obstiné de suivre dans l'« exil » l'homme qu'elle aurait aimé, un marin qu'elle fréquenta alors (en 1924-1926 dit-on), elle préféra rester auprès des siens travailler ce qui était, à l'époque, une exploitation agricole de taille moyenne.

Elle n'a fréquenté l'école, chez les soeurs dans la commune voisine de Trégrom, que de six à douze ans (1917) ; mais, victime d'une maladie des os, elle a ensuite suivi quelques cours par correspondance pour les jeunes filles du milieu rural. Elle maniait donc assez bien le français, alors qu'elle avait appris le catéchisme en breton, comme c'était alors la règle. Elle avait été, entre les deux guerres, une lectrice de la revue trégorroise BREIZ, avant de se mettre à la revue catholique trégorroise BARR-HEOL à la fin des années cinquante. Si elle commença à écrire ses premiers textes poétiques en français, après une décennie difficile de deuil et de chagrin, comme pour rompre une solitude devenue pesante, elle passera ainsi tout naturellement d'une écriture scolaire en français (selon les modèles classiques de ses années de classe) à des vers bretons plus originaux, nourris de la littérature bretonne écrite qu'elle découvrira ainsi sur le tard.

C'est vers la fin de l'année 1960, sous l'influence de l'abbé G. Dubourg (alors instituteur « libre » au Vieux-Marché, militant nationaliste, qui lui rend visite en 1958), puis sous celle de l'abbé M. Le Clerc, Klerg, recteur de Buhulien, et bientôt d'Ivona Martin, secrétaire d'édition de Roparz Hemon, qu'elle a commencé à écrire des poèmes en langue bretonne bientôt publiés dans les revues bretonnantes assez confidentielles qu'étaient alors AR BED KELTIEK (à partir de février 1962, son rédacteur Roparz Hemon ayant jugé alors très prometteurs les vers de « Mademoiselle Duval ») ou même la revue catholique BARR-HEOL ; ce sont donc ces rédacteurs qui furent alors ses vrais mentors en littérature.

Ses poèmes plaisent tant pour leur enracinement paysan - rares sont désormais les « bardes-laboureurs », d'autant que la paysannerie semble s'être déprise de la langue bretonne - que pour leur ton militant et engagé, jusque par leur orthographe. Son premier recueil, Kan an douar [Le chant de la terre], préfacé par Klerg, publié en 1973 aux éditions AL LIAMM (qui obtient le prix Calloc'h en cette même année 1973) la consacra bientôt poétesse paysanne, emblématique d'une bretonnité entrée en crise, quoiqu'en plein renouveau culturel.

Elle publia alors dans diverses revues, dont HOR YEZH, SKOL, SKRID (n° 6, 1975, & n° 22, 1979), ou dans les autres revues proches de la mouvance nationaliste comme AL LIAMM, AR BED KELTIEK, BARR-HEOL (cf. n° 75, 1972, & n° 76, 79, 81, 83), qui l'avaient fait connaître (cf. liste des numéros : 1998, 172), mais aussi dans l'autre revue, BRUD (n° 25, puis n° 46, sans doute par l'intermédiaire de F. Danno, qui mit certains de ses poèmes en musique pour les Tregeriz et les Veillées du Trégor, auxquelles elle collaborait à cette époque), puis dans BRUD NEVEZ (n° 26, 27, 30, 41, 43, 44 - sous le pseudonyme curieux de « TZ »).

Sa célébrité fut sans doute autant due à une émission de télévision de 1972 (dans la série prestigieuse du producteur André Voisin, « Les Conteurs »), qui la révéla au public assidu de l'ORTF, tant breton que français, à une heure de grande écoute, à la fois vieille femme sage et véhémente porte-parole, qu'à sa poésie éditée en langue bretonne uniquement.

Son oeuvre est conséquente, avec quatre autres recueils poétiques : Barzhonegoù all [Autres Poèmes] (HOR YEZH, 1973) ; Hiboud al Leger [Le murmure du Léguer] (1973 - poèmes publiés par SKOL n° 51 & 52) ; Barzhonegoù nevez [Nouveaux Poèmes] (1974 - chez HOR YEZH comme en 1973) ; Traoñ an Dour [nom de son village] (1982, chez AL LIAMM comme sa première oeuvre). Ces quatre titres complètent un premier recueil devenu célèbre, Kan an douar [Le Chant de la Terre] (1973, puis réédité en 1980), une des meilleures ventes en langue bretonne (avec quelque 3 000 exemplaires), celui qui reste aussi le plus significatif, à côté de plusieurs autres oeuvres en prose (récits, souvenirs) et divers autres textes publiés dans de nombreuses revues, dont le texte Leve ar paour ([La rente du pauvre] - AL LIAMM n° 201), qui lui valut un prix littéraire sur le tard (prix P. Trépos en 1979).

Une association, Mignoned Añjela, a entrepris de publier des textes inédits et un premier volume est paru en 1998, Stourm a ran war bep tachenn [Je lutte - ou - milite sur tous les fronts]. Il a été suivi d'une édition complète des oeuvres de la poétesse trégorroise (en associant ses divers éditeurs), Oberenn glok [Oeuvres Complètes], parue en octobre 2000 (prix F3 2000).


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