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Jakez Riou
Jakez Riou
par Francis Favereau
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Jakez Riou est né au bord de l'Aulne, au village de Kerhoas en Lothey, petite commune du pays de Châteaulin, dans un village de paysans et d'ardoisiers comme il en existait dans les bassins de Châteaulin et du Poher. Dernier d'une famille de neuf enfants et fils d'un modeste ardoisier, J. Riou connaît donc une enfance pauvre, mais riche de souvenirs. Il restera fidèle à ce beau pays de la Cornouaille profonde, dont on le voit parfois revêtir le costume traditionnel et qui est présent dans toute son oeuvre, notamment dans son recueil de nouvelles et dans ses romans.
A douze ans à peine (en 1911), il est recruté dans son école chrétienne par les Pères Picpus pour entrer au séminaire de Fontarabie (aujourd'hui en basque Hondarribia, anciennement Ondarribia), en Guipuzcoa, où s'étaient repliés les membres de la congrégation du Sacré-Coeur pour former de futurs prêtres, notamment des missionnaires.
Après Hondarribia, J. Riou suivit le cursus habituel alors, en entrant au noviciat de Miranda de Ebro, avant de regagner le pays en avril 1918, après sept ans d'études ecclésiastiques. Mais il était incertain de sa vraie vocation. Il fut mobilisé à la fin de la première guerre mondiale, et incorporé dans le 42ème régiment d'artillerie de Pontivy, puis il prit part aux combats de Abscheil et Bischheim en Alsace. J. Riou est alors un solide gaillard de quatre-vingts kilos. Il envoie une carte à celui qui sera désormais son proche ami, Y. Le Drézen, alors employé chez un marchand de vins du Guilvinec. J. Riou reste trois ans terminer son service militaire. Il y contracta la dysenterie, ainsi qu'un point de congestion aux poumons, qui devait sans doute aider au développement de la maladie qui lui sera fatale, la tuberculose. Après avoir été soigné au Val de Grâce, il est démobilisé en 1920 et il s'installe chez sa soeur à Locmaria-Berrien pour une période de convalescence. C'est alors qu'il décide de ne pas reprendre le chemin de la prêtrise.
J. Riou, qui ne connaissait bien aucun métier, en exercera alors plusieurs, travaillant au pochoir pour un teinturier, puis chez un photographe à Rennes, où il fit la connaissance des jeunes membres de l'Union de la Jeunesse Bretonne, ou Breiz Atao. Il sera ensuite représentant en machines à écrire, n'en vendant qu'une seule, paraît-il, puis instituteur « libre » à Moëlan-sur-mer et Quimperlé.
Ensuite, nous trouvons J. Riou à Versailles, surveillant au collège Sainte-Geneviève, tenu par les Jésuites, d'où il est renvoyé, en juin 1926, après avoir rétorqué à un Père de l'établissement qui lui proposait d'entrer dans la Compagnie : « J'aimerais mieux être Turc que Jésuite » (Morvannou 1987, 221). Alors qu'il a étudié le ciment armé et obtenu un diplôme d'espagnol commercial, il se retrouve sans emploi à Paris, où il fit la connaissance du sculpteur nantais Georges Robin et trouva refuge auprès de leur ami Creston.
Finalement, J. Riou est pris comme répétiteur à l'institution Saint-Louis de Brest en 1927, année où il rend visite en compagnie de Y. Le Drézen à ses anciens maîtres, les Pères de Fontarabie, auxquels ils vouent une grande admiration. L'année suivante, grâce à l'appui de Y. Le Drézen qui y travaillait déjà depuis 1924 comme rédacteur, il devient journaliste au COURRIER DU FINISTERE, hebdomadaire catholique conservateur, où il restera jusqu'en 1931.
C'est également durant sa période brestoise que J. Riou fit la connaissance de Roparz Hemon. La rencontre entre ces deux tempéraments très différents sera fructueuse. Il publie des nouvelles dans sa revue GWALARN, qui édite en 1928 son célèbre récit, Geotenn ar Werc'hez [L'Herbe de la Vierge], dont le titre deviendra celui d'un recueil de nouvelles publié en 1934.
En juillet 1930, J. Riou épouse à Douarnenez, dont elle est originaire, Marguerite Griffon. Puis en janvier 1931, six mois après, lorsque Le Drézen est remercié par le journal, Riou donne sa démission et les deux compères entrent à l'OUEST-JOURNAL, nouveau quotidien rennais créé en 1931. Riou reste alors à Brest, alors que Le Drézen est nommé correspondant à Vannes. Cette période est féconde pour Jakez Riou, qui publie diverses pièces de théâtre, comme Torfed ar frer Juniper [Le crime du frère Juniper].
Mais le travail ingrat de localier, comme le climat brestois, particulièrement vif, venté et humide, est peu propice à la santé fragile de Jakez Riou, qui est atteint de tuberculose et doit parfois aller se reposer à Douarnenez, chez ses beaux-parents. Puis, sur les conseils pressants de son épouse, il quitte le nouveau journal et rejoint en juin 1936 un établissement de soins de Châteaubriant (Les Fougerays) pour une opération chirurgicale. C'est là qu'il décédera quelques mois plus tard, le 14 janvier 1937, de cette maladie qui était alors mortelle, sans avoir terminé les ébauches que sont restés Pec'hed marvel Gregor Konan [Le péché mortel de Grégoire Conan] ou Torfed e Keravel [Crime à Keravel]. Il est enterré au cimetière de Ploaré à Douarnenez, où sa veuve vécut de longues années après lui.
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